J’aime

J’aime les ombres enluminées, nocturnes,
valses, danser, de la pierre la résistance et
la fragilité, elle consent à la blessure, elle
n’humilie pas la main, et dessiner. J’aime

les voix d’opéra, les statues antiques et le
bois africain, le chant des piroguiers le cri
des nuits noires, les airs de jazz, oh, jouer,
te voir danser. J’aime les corps syncopés.

J’aime la nuit que le jour nargue enfantin,
mutin, et ton rire, l’été marin, le sable sec,
et ces mots lancés dans le vent, ivres d’air.

La nuit de tes yeux mâtinée de joie, j’aime
les mots manquants, courage de l’art soleil
levant, pieds nus, c’est trop je n’y peux rien.

22 03 17
Dessin perdu ©JJM

Tes bras de sable

Ouvrir la fenêtre, soulever le ciel, affronter l’hiver.
La nuit, s’il fait trop froid, si tout brûle, filer, rêver,
d’Afrique, de méandres arborés. Un fleuve au cœur
du bush. Je m’arrête, écoute, quel parfum de liberté.

Accoudé au balcon de l’origine, je suis la migration
des gnous, l’envol des flamands, des hippopotames
le bain. Sous la tente, le râle d’un fauve nonchalant
me ramène à mon corps transi, au drap en flammes.

J’ouvre la fenêtre, il fait si froid. Je rembobine ma
vie, encore plein de la douceur de tes bras de sable.
Je m’éloigne, personnage d’un tableau orientaliste,

habillé d’un pagne blanc. Lames de nuages rouges,
grands acacias, baobabs. Villages tressés de palmes,
oui, dans le grenier de mes tremblements enfantins.

22 03 17

Pleurer de joie

Parfois, il fait si froid. Ou comme cette nuit tout
brûle, draps, oreiller. Je cours dans tous les sens,
mon corps immobile est traversé de mille flèches.
Alors je ris. L’extase de San Sebastian, oh, tu sais.

Je pleure de rire, de froid, de colère, abandonné à
je ne sais quel destin tordu. Rire jaune, noir, enfin
froid dedans et rire dehors. Je vois passer dans le
torrent, image falote, les débris de joie et d’espoir

teintés de nos rires vains, et la falaise du jour et la
faille enneigée de la passion en cendres. Et puis je
grelotte, morigène ce moi de pacotille. Pleine nuit

constellée d’étoiles de sang, pour rien. J’en oublie
les fraîches cascades de l’avenir qui engloutissent
les restes d’une confiance bafouée. Pleurer de joie.

22 03 17

Flamboyants piqués d’oiseaux

Inépuisable grâce, tu laves à grande eau la saleté
du jour, ventre noué j’ai ouvert la fenêtre, cyprès
dans un vent furieux, oh, Mars pleure de joie. La
tourterelle sur une branche ne bronche pas. Buée

d’un rêve sur la vitre, là, tu danses avec les arbres
et tu chantes, je ne vois plus rien. La joie de vivre
est nourrie de beauté, mélodie de Satie Je te veux,
fait se tendre le ciel, ton mon visage sous la pluie.

Valse folle, je vois un forêt joyeuse, pays Massaï,
vaches fières levant haut le mufle. Bougainvillées
de Dakar soudain, et l’océan, puissant, pour nous.

L’ailleurs est toujours là, si près, j’en frémis, rêve
d’Afrique, fine poussière douce au pied. Après la
nuit striée de cris. Flamboyants piqués d’oiseaux.

21 03 17 (épilogue 2)

Le fleuve d’or rouge

Une blessure traverse mon corps, elle me libèrera
de tout, de moi. Inaccessible, solaire par mauvais
temps, sous un ciel bleu d’hirondelles, en larmes,
dans la poussière d’un été brûlant, cris d’enfance.

Une blessure m’ouvre sur tout, sur toi, teinte joie
et chagrin, source vive du temps, oui, jour et nuit.
De mes rêves, elle est le décor, fleuve d’or rouge,
elle sillonne ma peau, mon être pas moi, ma peau.

Elle est ailleurs. Dans la joie gâchée, là, au cœur
d’un visage abandonné que les rochers déchirent.
Elle est victoire, sur moi sur tout. Dans le regard

croisé le matin, corps rayonnant, lumière passion,
amour force, caresse création, parole vraie, corps.
Le marbre du ciel cache le sang, je vole, t’appelle.

21 0317

Fol instant

Oliviers accrochés à la terre, longs serpents de pierres.
À perte de vue les collines brûlées cherchent l’air dans
l’ombre. Tu as cru voir un corps, un frisson de l’herbe
agacée par le vent, les abeilles jouent autour des fleurs

sauvages. Là-bas, une fontaine, l’eau, dans un bassin,
envoie des perles de soleil, des moineaux se baignent.
Un tissu blanc étendu à un fil. En toi, le monde effrité,
âme en lambeaux. Personne. Un instant tu as cru voir,

fol instant. Tu aurais presque reconnu des traits rieurs,
une jambe, une épaule. La sombre flèche d’un cyprès,
des branches coupées, et ton imagination galope à cru.

Apaise ton cœur, cet oiseau en cage. La pierre pâle est
ton refuge, regarde au loin, le plus loin. Le liseré bleu,
la mer, sois patient. Prends un chemin. Suis un nuage.

20 03 17

Intime joie

J’arrache au vol trois mots, tout s’efface si vite.
L’absence noie le domaine respirable, trois mots.
Bouts de peau, à quoi sert-elle si l’air manque et
si les mains cherchent dans le noir. Oui je t’offre

ma peau, elle est tout, je lui dois tout, ne possède
rien. Je suis dessous, même pas, dessous, se tient
un entrelacs de chairs le corps. Je sens mon cœur
battre battre, penser à toi. Les poumons rythment

l’univers, mes mains pour toi, moi je suis derrière
le visage, là au fond, je cherche, j’aime, je chante,
parle un peu. J’arrache ici là trois mots et j’oublie.

Alors tu sais, je suis joyeux. C’est ce qui me reste
des mots. Une petite légèreté, comme un moineau
avant l’envol. Intime joie, dont je ne sais que dire.

18 03 17

La mer l’intériorité

La mer l’intériorité, flou de l’eau, visage.
La mer oblige à voir au-delà, il n’y a plus
rien, la vie ce rien, souviens-toi d’Ulysse,
lancé vers la haute mer, Borges, près de

l’origine, retrouvée, perdue à jamais, nul
n’échappe à la tempête, au soleil englouti.
La mer est ouverture fermée, elle retient
le temps. Il faut partir, insensé, où vas-tu.

Varco folle, oh Dante, l’aventure, l’amour
de l’au-delà. L’au-delà est amour, Beatrix.
Souviens-toi d’Achab, vaste océan, l’écho

du corps lancé vers toi, l’horizon douceur.
La houle de ta peau, les vagues joyeuses,
la peau caressée. L’intériorité au soleil, là.

18 03 17

Frisson du mimosa

L’image se dilue parfois dans l’éther de l’extase
de l’absence, en décide le hasard. Ou bien je ne
sais, l’autre le rêve le miroir la colère le chagrin
la joie, je ne sais. Parfois, repentir du peintre ou

je ne sais, de l’autre, rêve miroir colère chagrin,
de la joie, se voit plein ciel, le sillon d’un destin
neuf. Nouveau printemps. Ce matin un rien aura
suffit, pour que le merle du quartier s’époumone

dans le figuier nu. Frisson du mimosa. Je lance
les miettes du petit déjeuner à la tourterelle aux
aguets, un ciel de soie nappe les tuiles, le soleil

enflamme tout. Oh, joie des êtres étonnés d’une
telle splendeur, danse immémoriale. Les cyprès
se font tamtams, tu sais, pour la beauté du jour.

17 03 17

Ne crie pas

Ne crie pas, le silence dira plus justement ta joie,
ton bonheur, aux sons des tambours et des flûtes.
Tu pensais à demain. Demain est là, tout proche,
au bout des doigts. Dans les massifs parfumés et

touffus, dans le rouleau secret du scribe, demain.
Quelle lumière subtile. Fleurs jaunes du papyrus,
dans une coupe, hippopotame bleu, large vasque
où nagent des poissons du fleuve, reflets de sang.

Oh, tu entends des pas légers, sur la terrasse. Ne
crie pas, tout est là, dans le miroir, visage blessé.
Ton étonnement, ton appel. Un autre visage crie.

Je l’entends. Son regard, si profond, me console
des matins où l’océan m’engloutit, quand le ciel
menace de tomber en poussière dans ma bouche.

17 03 17