Le jeu des regards

Le soleil brûle ton visage, tes yeux plissés,
Le mystère de ta voix. À l’ombre du fleuve

Nappé de brouillard, je vois le sable secret,
Le jeu des regards. Vertige. Il reste le ciel

Et la forêt, les nuages et la houle. L’amour,
Le silence des paysages d’hiver, et la vie.

22 06 17

La longue route

Et toi ou moi, collés aux mots, peu importe
je, tu, morcelés, ne comptent que nos regards.
La lumière vacille engloutie par nos bouches,
nos bouches collées aux mots, légers, fluides,

à ceux qui flottent en eau claire, dans la lumière
d’une chambre, à ceux jamais prononcés, à peine
pensés en plein vol incendiés. Suivre la migration
des mots, déjà lointains, et à venir. Oui, jamais

les mots n’en ont fini avec nous. Ils sont la vie
et la peur, et la joie, et la confiance, l’abandon,
la terreur et l’enthousiasme, les corps enlacés,

les corps enfouis, noués. Les mots sont la peau,
le frisson de l’inconnu, le vol des oiseaux dans
les yeux écarquillés, face à la longue route, oh.

Une voix

Mon silence est pour toi. Il se brise au matin,
premier rire du soleil, quand l’océan fouaille,
dans mes yeux et ma gorge, mes poumons et mes reins.
Alors me suit une voix, un doux chant, où que j’aille.

19 06 17

Plage du Nord

La fenêtre est là, qui donne sur la mer, et les vagues
portent si loin les cris des enfants, des cargos fous,

des mouettes alertées. Tes mains sont des papillons.
L’eau court sous nos pieds. Nous attendrons la nuit.

Les mots s’envoleront, et dans la chambre apaisée,
les astres obéiront au chant de nos pâles murmures.

16 06 17

Moment délicat du jour

Moment délicat du jour, l’existence draine en son flux
la chair vive, et je flotte, vaille que vaille, jetant l’ancre
ici là, accrochant l’essentiel, visage et chant. Mais que
vienne enfin la beauté, que vienne l’immuable oui, ou

le mouvement, la lumière, ne dis rien, dans la bouche
ce goût, cette langue, cette douceur, fidèle douceur,
lointaine douceur. Mais je n’ai plus de mots, ceux-ci
ne sont rien. Délicat moment du jour, oh, dans le flot

ininterrompu de l’affection, le corps est noué, il faut
flotter, il faut nager, allez, le reste n’est rien. Écouter
l’abeille sur la lavande, sentir la brûlure crue du soleil

passé, les martinets, le ciel. Attendre sans attendre.
Aimer la brise, passer de l’autre côté, la nuit, soudain.
La nuit, moment délicat, tout se joue, est joué, arrive.

13 06 17