Savane profonde

Aria. Un feu de brousse dans mes artères, ciel zébré,
tamtam d’ébène. Antilopes et flamboyants paradent,

loin dedans. Soudain décor arraché, une plage ventée.
Courir ou appeler, c’est égal, voir, inutile. Souffle sur

la peau. Un piano, une mélodie, rien d’autre. Savane
profonde. Je marche, acte I, scène 1. Le rideau se lève.

07 07 17

La moindre embellie

Tu as fait fleurir une prairie, sur les cailloux de l’enfance.
Reste le parfum, les pieds dans l’eau. Soleil de ta savane.

Je ferme les yeux. Forêt de cheveux. Mon visage enfoui.
Oh, ta sérénité. Je n’y arrive pas et n’en peux plus, réduit

à ne plus rien confier, à me taire. Flottant dans un paysage
ruiné par le naufrage, je guette la moindre embellie du ciel.

06 07 17

Pâleur florentine

Le sang coule sous le marbre, le corps jaillit du bloc.
Le volcan des yeux couvre d’une blessure, ta beauté.

Ton pouls galope. Ta passion n’est vive que tragique.
Oh, ta pâleur florentine rappelle le parfum du jasmin.

Princesse, toi l’inconnue, dans un musée prisonnière,
qu’as-tu vécu de si pur, de si douloureux, quel drame.

05 07 17

Le gouffre aux oiseaux

Visage, reflet de l’univers dans l’ombre de nos doutes,
cœur de l’abîme nourricier. Gouffre aux oiseaux bleus

ou noirs, dont l’envol raye les regards, enfuis au loin,
vers la forêt, la ville, le soleil, un paysage aride et nu,

au creux d’une houle furieuse. Là, naissent la joie et
la tristesse, l’errance, la rencontre de l’autre, l’amour.

05 07 17

L’aigle de papier

La nuit, imprudemment penché au-dessus du rond bleu
de l’insomnie, j’espère encore voir l’enfant-moi joyeux,

dissipé, émotif à l’excès, et le consoler. Mais de quoi.
Je m’agrippe aux plumes d’un aigle de papier crépon,

lancé du balcon de tes yeux, et, la main sur ton épaule,
caché sous l’avalanche de tes cheveux éparpillés, il rit.

03 07 17

La dentelle des arbres

Dans la dentelle des arbres, où sont mes désirs floués,
oh, les nuits pâles du scarabée doré que je m’imaginais

être, gravissant une pyramide, plein vent, sous un ciel
de promesses, du chien filant truffe levée vers les nues.

Où sont mes rêves. Ces mots n’en disent presque rien.
Je scrute le fond du puits, margelle de ma vie. Où es-tu.

02 07 17

La solitude des étoiles

Oh, délicatesse du jour, vulnérabilité de nos yeux.
Mais il a bien plu, la vie se délecte, depuis Thalès.

Je pense, pourquoi, à l’infinie solitude des étoiles,
émerveillé. Depuis longtemps éteintes, perfection

du sublime. Braises du désir sur lesquelles souffler
prend toute la vie, sinon tu sais, à quoi bon respirer.

01 07 17

Coccinelle sang

Dans le genêt, une coccinelle, goutte de sang. Une fleur
l’absorbe, le parfum de ton corps soudain, envahit le ciel.

Tu n’entendras plus ma voix, coccinelle immobile, cœur
d’un soleil de velours. Les nuages tombent, l’oiseau vit.

Attendre la nuit, nos vies ébréchées. Nos mains glissent.
Fleuve, notre lit. Dormons sur la dune à l’abri des oyats.

30 06 17

Les méandres du Tage

Oh, je sais, la ville danse et…, quoi. Depuis ta loge,
tu entends la salle, les sièges grincent. Ton costume

te serre le cœur et tes mains volètent. Les trois coups,
que vas-tu dire. Oui, parle de Tolède et du Greco, des

visages si fins, des robes de satin. Oh, de la passion,
et du corps de l’aimée. Dans les méandres du Tage.

27 06 17