Parfum de neige

Soleil, malgré le froid. Soleil et vent et rires,
les doigts bleus d’ineffable émotion. Un air
ancien, d’Amérique ou d’Italie, sur un banc.
Parler, se taire, pourquoi. Nul mot pour dire

ce qui raye le corps, griffe les yeux, le cœur.
S’effacer, rejoindre les arbres, la vie cachée.
Buée du silence, parfum de neige. Oh croire,
se fondre dans tes regards. Je cherche, tu es

au bout d’une route escarpée. Fêlure du temps,
un oiseau s’envole. Je veux m’ouvrir, confiant,
t’offrir ma joie. Oh, folie des mots, mur dressé,

sinon il n’y a rien, scène vide. Vite une pinède,
tu sais, une falaise nue et l’océan. Là, prendre
le soleil dans mes bras, ébloui. Quelle beauté.

31 12 16

La beauté crue

Oh, violence des rêves, valse des êtres nus.
Les yeux cherchent refuge dans le noir, oui,
un îlot de clarté. Rien, le laminoir à l’œuvre,
et toi si petit, seul, broyé par la beauté crue.

Rires et courses folles parmi les oyats, dune
chaude, fin d’après-midi. Au loin une sirène
hurle de joie, et tu cours, tu y crois, tu cours,
mais la nuit t’emporte. Où, tu ne le sais pas.

Tout a disparu, indifférent. Tu ne t’en sortiras
pas indemne. Traces de pas, jeux de miroir. Et
le jour, hésitant, fragile, sous la voûte plissée,

Voie lactée fuyant derrière les arbres. Le jour,
oui, coule sur les murs et dans mon corps, oh,
dans ma gorge. Le rideau se lève, le soleil rit.

28 12 16

Trouver refuge

Trouver refuge. Les mots fuient de toute part.
Dans l’illusion du jour naissant, le visage au
mille reflets changeants se dilue en plein ciel,
joue avec toits et nuages, oh, il réapparaît, là.

Je me cache dans l’arbre. Un long cri glacé
entaille l’écorce, et des mots jaillissent. Nul
endroit où se blottir. Où que je sois, précédé
par les fourmis, les étoiles. Le tulle de la nuit

retient tout dans ses mailles. Chant lancinant
des amours, des leurres. Oh, un train à l’aube,
une plage, le vent malmène les vagues, et toi.

Trouver refuge dans les mots, joie, danse, vie.
Se consoler, dans le secret des rêves. L’arbre
soutient le ciel, le soleil. Un merle, à tue-tête.

28 12 16

Afrique

À chaque instant, te dire, je vais au cœur,
ou l’inverse, ébloui, si haut, souffle court.
Haletant dans un épais brouillard, je rêve
d’Afrique, de grands espaces, d’animaux

libres. Te parler du regard de lionne tapie,
broussailles sèches, le jaune de ses yeux.
Oh, rêve d’arbres fiers, flamboyants, cris,
ciel zébré, forêt veinée de latérite, à perte

de vue. Mais je ne vois rien, oui, te le dire.
Oiseaux bleu acier dans les petits acacias,
fleuve noir, se baigner sous la lune, tu sais.

J’entends des cris d’amour. Danse au loin,
rythmée par les étoiles, corps en transe, je
rêve. Savane parfumée. L’océan de ta peau.

26 12 16

La beauté prisonnière

Ne vois-tu pas, la colère au cœur du ciel,
oh, haïssable colère contre la mer, contre
le vent, colère vieille des âmes terrassées,
des yeux ensanglantés, entrailles broyées.

Non, elle n’est rien, et s’épuise en vain.
Abandon, c’est ta faute, amour dilacéré.
Casse le bec de l’oiseau, allume ton feu
de ses ailes, que son chant n’éclaire plus

l’univers. Alors, dans le miroir des jours,
il n’y aura ni mer, ni danse, ni bouche sur
laquelle ont fondu tes mots, inutiles, non,

ni le visage tant aimé, que tu ne cherches
plus, sinon la nuit, la nuit seule, immense,
la beauté prisonnière, le diadème céleste.

25 12 16

Le volcan égaré

De la nuit lacérée de griffures enfantines,
de joies nues et de naïve suffocation, oh,
corps flottant dans une lumière spectrale,
au plafond les algues du destin, le miroir

saigne. Il est temps. Joyeux, je m’élance
vers le soleil hivernal d’un rêve d’amour,
astre de Van Ruysdael, épaulé de nuages
somptueux. L’ombre douce lèche l’océan.

Sur le sable mouillé, la trace de tes pieds
nus. Est-ce le Nord, l’Afrique, non, une île,
oh, tu vois, les arbres dansent sous l’alizé.

Les oiseaux, fous de lumière, font taire la
mort. La beauté seule nous sauve, de tout,
de nous, du soleil même, ce volcan égaré.

24 12 16

Le ciel est rouge

Nuit, qu’as-tu fait de mon rire, dans l’éboulis
de mes appels, à flanc de dune où s’effacent
les traces de l’insomnie, les silhouettes d’or,
mots épineux ornés de fleurs blanches. Nuit.

Et de mes yeux, dis-moi, au cœur des acacias,
prenant mon élan pour attraper un oiseau, oh,
d’un coup d’aile il a filé dans l’ombre, un cri
dans son sillage étoilé, un cri, ou, est-ce moi.

De l’attente blême d’un visage radieux. Oui,
j’ai perdu pied, ivresse, tourbillon, et si beau.
Une voix chantait le départ. Absence, douleur

d’une joie calcinée, nudité du vent, je me suis
retourné, plus rien. Nuit. Paysage de brousse.
Oh, ton rire, qu’en as-tu fait. Le ciel est rouge.

23 12 16

La Terre n’est pas

Ni plate, ni ronde, crâne percé, rêve fou, la Terre
n’est pas, et je suis sur un fil, sans cesse menacé
de m’envoler. Mais je vois bien que les arbres rient,
se moquent, les chemins se perdent. Cols passés,

toujours le même précipice, les oiseaux englués
dans une eau moirée, au milieu des fleurs jetées
aux morts. Tout cela n’est pas, échoué au fond de
ma nuit, et je cherche une percée de lumière, oh.

Les draps flottent en pleine mer, toujours ce vent
de terre, il m’éloigne de tout, de rien. Des paquets
d’eau éclatent contre le volet, j’ai beau savoir que

je ne risque rien, je suis traversé par un frisson, tu
sais. Tout tangue, roule, oui, symphonie abyssale,
comme si je lançais un appel, oh, sortir du lit, vite.

19 12 16

Oh, ma colère

Oh, ma colère, ne gâche pas le bleu du ciel,
le doux secret de la nuit, ôte de mes épaules
tes griffes. Laisse-moi admirer la souplesse
des vagues. Fais du naufrage, de l’abandon,

la source d’un élan neuf. Abandonne-moi là,
en pleine forêt, au bord du fleuve Congo ou
du Tigre, sans larmes. Vaine colère, n’épuise
pas mes forces. J’adore la caresse du vent et

les fringants nuages, et la neige et le désert.
Laisse-moi en paix, arrache de ma mémoire
malade l’espoir de l’enfant trahi. Ma colère,

ne déchire pas mon corps traversé de tes cris.
Ne masque pas l’amour de l’océan, des oyats,
des odorants genêts, et d’un visage effacé, oh.

18 12 16

Vertige

Porte fermée, oh, fermée, je n’ai de l’être
vu que les remous profonds, ne suis plus
ni dedans, ni dehors, et ils m’ont échappé,
laissant au creux des mains je ne sais quoi,

l’attente, non, l’illusion du possible, non,
la joie de l’inconnu et le puits de tes yeux.
Il reste la musique, elle se moque du refus,
de l’abîme, des falaises de craie, du soleil.

La clarté brûle ton visage, tes yeux plissés,
le mystère de ta voix. À l’ombre du fleuve
nappé de brouillard, je vois le sable secret,

le jeu des regards. Vertige. Il reste le ciel
et la forêt, les nuages et la houle, tu sais,
le silence des paysages d’hiver, et la vie.

17 12 16