Hanoumān !!

 

Rester chez soi, encore et encore, alors invoquer Anouman (Hanoumān), le singe blanc ! Selon un proverbe hindou « les singes pleurent sur les autres, jamais sur eux-mêmes » ! Et il aida à sauver la Princesse Sita…

Oh, bien sûr, c’est peu, une mélodie (géniale, de Django, janvier 1953), et, qui sait, un retour aux sources, le chant est l’origine du lien, de l’échange !

Alors, que l’esprit soit un peu bercé, et si possible, consolé…

Lutter 2 !

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Penser aux MALADES, ils ont besoin des soignants, des lits, des appareils, de tous ! Rester chez soi, et tenir, solidaires !

(Chacun peut voir et entendre ici et là des soignants dire « Il faut voir ces malades, que nous soignons, leur détresse respiratoire, leur anxiété, leur souffrance, etc. », et malgré la fatigue ils font leur travail, oui, ce n’est pas abstrait, la réalité est celle-ci, et narguer le sort par insouciance, inconscience, bomber le torse en crânant, ou verser dans le déni et détourner son regard, revient à l’entretenir, à la subir et à en être affecté soudain, oui, « ça n’arrive pas qu’aux autres » dit une jeune youtubeuse, Léa Camilleri, visage dévasté, dans une vidéo récente, suite à l’hospitalisation de sa mère. Alors, simplement, j’ai en mémoire, à jamais gravés, des visages de malades à l’hôpital ou ailleurs, et jamais avant cela je n’avais éprouvé de façon aussi forte le fait qu’un visage, c’est quelqu’un qui nous vise, nous touche, nous bouleverse, qu’il s’agisse de joie ou de souffrance, et la maladie est une situation de catastrophe, un « coup de théâtre », un coup de tonnerre dans l’existence. Alors y penser, et, pour après, ne rien oublier)

dessin (d’ap. Auguste Rodin, Tête de la douleur, v. 1882 ; graphite, 28/03/20) ©JJM

Lutter 1 !

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Lutter ! Résister ! Rester chez soi ! Encore et encore ! Ne rien lâcher !

Merci merci, soignants, livreurs, boulangers, épiciers, voisins, tous, tous !

Créer, écouter, voir, lire, travailler, aider/aimer les enfants, envoyer des messages ici/ là ! Forza !!!

dessin 1 (d’ap. Antoine Bourdelle, Le Grand Guerrier de Montauban, 1898-1900 ; pierre noire, 26/03/20) ©JJM

No more Blues !!!

RESTER CHEZ SOI !! (2)

Chega de Saudade ! Allez ! Merci derechef, aux personnels soignants, à tous ceux qui bossent pour nous, et qu’on ne voit jamais, ou presque pas, pour un pain, des fruits, qui font rouler nos poubelles sur les trottoirs déserts, ou travaillent sur les toits, conduisent des bus immenses et vides, masqués, gantés, coupés d’eux-mêmes, livrent des tonnes d’aliments, merci à tous, aux voisins qui font de la gym sur le parking de l’immeuble, et qui applaudissent et font danser le ciel et battre les cœurs pendant cinq minutes tous les soirs ! Il ne faudra pas oublier ! On n’oubliera pas ! Il faut durer ! Il faut tenir ! Et nous tiendrons !!! Il faut créer, inventer, bricoler de l’énergie, de l’affectif, du collectif, de la vie !

Réfugiés

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« Manuel Portalès me demanda un coussin dans l’armoire. Je le glissai sous sa tête. Il parlait dans un seul souffle. On a avancé des heures à un endroit chemin moins raide le passeur pfft a disparu, On l’entendait dans les fourrés et plus rien, Statues dans le noir, Ma mère murmurait ne sais quoi, mon père me tenait par les épaules, Au premier coup de feu m’a poussé dans un taillis presque jeté, a soufflé à ma mère de courir courir, Ils ont dévalé la pente empêtré dans des branches, elles griffaient mon visage et mes jambes, Je ne pouvais crier tant j’avais peur, Il faisait froid humide la fusillade a commencé, Des types criaient dans la forêt plus bas là où ma mère mon père…

Manuel Portalès me regardait sans me voir. Je ne comprenais pas, mes parents redescendus vers l’Espagne, figé n’osant bouger mordant mes lèvres je pleurais, me suis un peu calmé et plus rien, Les coups de feu dans la tête, enfin le noir, silence de la montagne, où bruit la vie, petites bêtes, craquements de branches, des oiseaux invisibles, un ciel d’encre, au loin des échos de cloches de troupeaux, La nuit rien que la nuit, J’ai attendu, premières lueurs de l’aube, l’humidité dans mon corps, J’ai sûrement dormi par petits bouts, la fatigue, la peur, mon père dans un souffle rauque à ma mère Corre corre.

Au petit jour, sorti du fourré sans hésiter, j’ai pris le chemin du haut, Mon père m’avait cent fois dit, Hijo mío, s’il arrive quelque chose, tu vas de l’autre côté de la montagne, J’ai marché deux jours, la nuit caché, ça montait dur et froid, Je mâchais des feuilles, buvais l’eau des filets de sources, dans les traces des bêtes, J’ai eu froid, Là-haut le vent soufflait, au col, des couteaux de glace, Je suis descendu, voyais des vallées des prairies, J’avais mal partout, aux pieds, Aux pâturages un berger m’a vu de loin, fait signe, qui sait ce qu’il est devenu, je revois sa tête, je l’ai rejoint, Il m’a pris la main, parlait patois, béret en arrière, m’a conduit, parfois me portait, Loudenvielle vallée du Louron, chez des gens, et de là chez d’autres, et j’ai échoué à Gurs quelques mois, Le camp, des conditions qu’un enfant n’oublie pas, saleté poux humiliation misère faim, J’y ai retrouvé des gens qui avaient fait la route de Madrid, et des cousins de mon père, voilà. »

texte (Aquarium, extrait, Éd. du Cygne) et dessin (enfants, Espagnols réfugiés à Rivesaltes en 1939, d’après Paul Senn ; graphite, carbone, 23/03/20) ©JJM