La source

Nuit, ouvre-moi tes bras, ton cœur. Sous tes
paupières de bois, l’ombre des gestes secrets,
des livres muets, des lampes, qui tout le jour
t’ont attendue. Danser, mourir. Éclat de toi.

Reflet dedans. Respirer le parfum, chuchoter,
ouvrir. Être à vif, pour être vivant. Oh, danser
avec les statues, oh, beauté du marbre doux.
Forêt de joie, où les arbres n’en finissent pas

de lancer au ciel des lianes, nuages, torrents
enlacés, roches et lacs pris de vertige. Alors,
les mots, ailes coupées, rejoignent sous terre

la source des regards, des mains, de tes seins,
de nos rires. Les statues brisent leurs chaînes,
et marchent sur le sable, oui, au soleil levant.

30 11 16

Publicités

La beauté prisonnière

Casse le bec de l’oiseau, allume ton feu
de ses ailes, que son chant n’éclaire plus

le ciel. Alors, dans le miroir de tes jours,
il n’y aura plus rien, ni la mer, ni la danse,

ni la bouche sur laquelle ont fondu tes mots,
inutiles, ni le visage aimé que tu ne cherches

plus, sinon la nuit, la nuit seule, immense,
et la beauté prisonnière, une étoile de sang.

29 11 16

La beauté seule

De la nuit lacérée de griffures enfantines,
le miroir saigne. Joyeux, je m’avance vers

un soleil automnal, né d’un rêve d’amour
de Van Ruysdael, destin épaulé de nuages

somptueux, dont l’ombre lèche l’océan. Oh,
sur le sable mouillé, la trace de tes pieds nus.

La beauté seule nous sauve, tu sais, de tout,
de soi, du soleil même, sans elle volcan égaré.

22 11 16

Le cœur bat trop fort

Éclaire-moi, nuit, dessine des ombres
de joie, de souvenirs de joie, d’éclats
de rire, au beau milieu d’un jour
prochain. Cela suffira, oui, à faire

bouillonner mon sang gelé,
mon corps transi, réchauffe-moi.
La vie coule au creux des mains.
Un petit orchestre joue une ballade,

deux pas de danse, frôlement
de tissus. Le cœur bat trop fort,
arrête, les rues m’attendent, et

je ferai semblant, non, ma bouche
t’appelle, ma bouche est libre,
oh, les cyprès nous cachent.

18 11 16

Nuit, qu’as-tu fait…

Nuit, qu’as-tu fait de mon rire,
dans l’éboulis de mes appels.

De mes yeux, au cœur des arbres.
De l’attente blême d’un visage

radieux. Oui, j’ai perdu pied,
ivresse, tourbillon d’étoiles.

Une voix chantait le départ,
l’absence, la douleur d’une joie

calcinée, la nudité du vent.
Oh, ton rire, qu’en as-tu fait.

17 11 16

Frisson de l’eau

Les arbres tremblent, des centaines d’étourneaux
s’agitent entre les branches. Un ciel d’Afrique est
trituré par le vent tourbillonnant. La pâte épaisse
des nuages se mêle à l’océan, là-bas ; et les rues

se tordent, les murs craquent. J’entends cela, oh,
jour et nuit, je n’écris plus, ne t’écris plus, ne crie
plus. Lignes brisées, des immeubles, sur le quai,
je ne cherche plus. Puissants platanes, le silence

majestueux, le fleuve lent, pétri d’encre de Chine,
de rêves de voyage, de rêve. Je n’entends plus, ne
tends plus, mains vides. Remonter le courant, rire

de soi. Allez, dit le murmure des feuilles, l’ombre.
Frisson de l’eau, écho des profondeurs, lune voilée.
Je n’écris plus, ne crie plus, je marche dans la nuit.

14 11 16

Un monde neuf

Il y a la douceur de l’effort, image de la vie,
la vie, l’acceptation, de quoi, éclat d’une fuite,
d’une disparition et d’un vide, tu sais, soudain
espace immense, tout y passe, arbres, animaux,

les yeux, oh, les yeux des animaux dans le noir
intérieur, la forêt brûle, enjamber les flammes,
les cris des animaux, j’y arrive, enfin, j’entends
leurs cris de victoire, ils ont atteint l’eau, nagent,

se noient, non, envahis par la douceur de l’effort,
ils sont sauvés, secouent les cendres mouillées,
s’ébrouent pattes enfoncées dans le vide, monde

neuf, quoi, tout plutôt que silence vertigineux, oh,
qui suinte sur les parois des ruines, quand, tournés
vers les braises, tu sais, nos mains se serrent fort.

13 11 16

Enflammer la vie

Hanté par une idée de Bergson, parcourant
les rues comme un fou, montant dans le bus
bondé, figé devant Œdipe aveuglé par quoi,
par lui-même, par les chemins perdus, la foi,

en qui, cherchant je ne sais où je ne sais quoi,
alors que c’est là, dessous, oh, dans un regard,
dessous, fuyant et puissant, de quoi enflammer
la vie, la vie, tu sais, la vie. Liberté. Il faut bien

la porter haut, ou les mots sont vides, étiquettes
délavées, cache-misères troués, monnaie de singe.
Non, lavons le sens, faisons craquer la croûte, et

affrontons le vent, la pluie, oui, pleurons de joie,
les mains savent y faire, le corps chante et danse,
allez, l’ombre des pensées n’éteint jamais l’amour.

08 11 16