Reflets(s)

Jamais reflet ne trompe mais nous,

Pour qui nous prenons-nous, alors

Qu’il met à jour un chemin secret,

Le double d’un reflet, oh, le reflet

D’un double. Narcisse a confondu

En cela, l’ivresse du soi se mirant

Et lui-même basculant, extatique,

Dans le gouffre de son cœur, seul.

Photos : Canal du Midi, 25/12/15, 10:00 ; Garonne, 25/12/15, 10:20 ; Reflet, Église des Jacobins, Toulouse, 29/12/13, 16:31 ; impromptu ©JJM

Corps

L’être, le corps, ce que je touche et qui / Jamais ne s’échappe, ne se détache de / L’univers. Platanes, oiseau ou caillou. / Ce corps, mien. L’autre, mains posées

Je le serre, l’écoute au bout des doigts. / Le corps est mélodie. Il chante, danse, / Enlacement, rien ne subsiste, les mains / Courent, l’être se dilue. Corps si fluide.

Os, muscles, cerveau, visage. Fluidité / De la mort dans la vie, contre la mort. / Harmonie, oh, cacophonie, dispersion.

Lassitude, corps fourbu de ce silence. / Bruit de fond, loin, mais là. Le corps / Est ailleurs, beauté, grondement, feu.

Photos(s) : Ontologie sauvage IV, du 30/03 au 12/04/21, sonnet ©JJM

Destin

Tout mot cache un silence, son ombre portée, / À peine dit, crée un vide sien, celui du corps. / Il fait feu de tout moi, logé au cœur du crâne, / Fouillant profond, fait sa toile, un nid ou rien.

Silence imminent reconduit, le mot est douce / Flèche ou cible de paille. Au soleil tout brûle, / Renaissant, miroir aux éclats de sel, et devant / Batifole l’univers. Arbres et oiseaux, prairies,

Montagnes, tout est bon, à qui dira les larmes, / De joie ou de tristesse, fulgurant écho, la chair / Caressée, blessée, ce qui touche l’œil, la peau,

Le corps exposé. Bleu du ciel et de la mer, nuit / Rongée d’absence, de cris. Terre, aux semelles / collée, dans ma bouche devient paysage, destin.

Photos : Reflet du matin, petite fenêtre, Toulouse, 08/06/15, 06:56 ; Buste d’Isabelle d’Aragon, 1469, Francsco Laurana, Italie, m. Jacquemart-André, Paris, 08/04/17, 11:33 ; Tête d’Apollon, « l’Apollon de Cassel », 2e s. ap. J.-C., Grèce (d’après Phidias original 470-460 av. J.-C.), louvre, 20/07/20, 11:36 ; sonnet ©JJM