L’Or des jours

Les mots cognent et crient.
Dents serrées. Mots étouffés.
Sur mon visage, est-ce moi.
Rien n’est visible – ou Soi.

Où. Ni fenêtre, ni masque.
Les yeux cherchent un arbre.
La bouche happe l’air des rues.
Dans les oreilles, houle de jazz.

La peau affleure, flotte au vent.
Pas de frontière, ni de falaise,
D’Île à l’horizon. Bleu infini,

De l’eau seule – Oh, Blessure.
Oh, Soleil et Joie, l’Or des jours.
Douceur, fragile et murmurée.

05 10 17

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Petit jour

Le froid ce matin pique mes doigts.
Ma bouche laisse entrer l’air, la vie.
Le ciel est d’un bleu tendu, pâle, gris.
Pas un oiseau. Les cyprès accueillent

Le temps. Le soleil pointe. Les toits
Tremblent un peu, comme au loin
Les dunes au petit jour, plein désert.
Je marche sur des cailloux de lave.

Les mouches déjà tournent autour
De mes yeux. J’avance. Que faire
D’autre, quand le sol s’étend, infini.

Ce matin, ma peau est serrée contre
Toi. Chaleur irremplaçable du souffle
De la nuit, dans ton corps endormi.

01 11 17

L’air frais

Une abeille s’entête à vouloir
Rejoindre le vent, les arbres
Et les fleurs. Mais quelles fleurs,
Dis-moi. N’est-ce pas un mirage.

La vitre est lisse et douce, et
L’abeille voudrait piquer, mourir.
Traverser, s’envoler vers l’azur,
Scintiller, corbeilles emplies d’or.

Faut-il sa colère, faut-il son effroi,
Faut-il son désespoir, son chagrin,
Pour briser le destin. Son amour.

La fenêtre va s’ouvrir. L’air frais,
Plus doux que la vitre, t’emportera
Au loin. Libre, tu pourras danser.

31 10 17

Ballade

Oh nuit, dessine des ombres gaies,
De souvenirs, de promesses tues,
D’éclats de rire, de rire, au soleil,
Au beau milieu d’un jour prochain.

Fais bouillonner mon sang gelé,
Console ce corps transi, ce visage.
Il n’oublie rien, rien. Qu’y a-t-il.
La vie, au creux de tes mains.

Un quatuor, une ballade, allons.
Pas de danse ou mourir, frôlement
De tissus. Le cœur bat trop fort.

Les cyprès bleus sont ivres.
Les tourterelles sont ivres, oh.
Le lampadaire est si joyeux.

30 10 17

La mer est calme

Blême espoir, je pense à la campagne romaine.
Nuit bordée de rivages, de rues. Puis un train,
Visage rêveur. Je pense à Virgile, aux couleurs
D’un Corot. À la mer du Nord, à la nuit si froide.

Vertige. Fenêtre ouverte, ivresse des sommets.
Tous ces mots, sur la peau. Tatoués, arrachés.
Absence, joie calcinée. Nudité du vent. Alors,
Ciel rouge. Oui, rire encore. La mer est calme.

Oh nuit, dessine des ombres de joie. Souvenir
D’éclat de rire, beau milieu d’un jour prochain.
Fais bouillonner mon sang gelé, console-moi.

Corps transi, la vie au creux de nos mains. Un
Quatuor joue une ballade. Frôlement de tissus,
Pas de danse, parfum, et le cœur bat trop fort.

21 10 17

La vie

Je n’ai d’autre parade illusoire qu’un voile effiloché,
Un silence trompe-l’œil, tandis que les tuiles brûlent
D’un amour sans fard, pour la lumière de l’automne
Naissant. Les arbres conquérants, le vertige du ciel,

La fontaine, si gaie, les petits ânes du Jardin public,
La vie est partout. Oh, la vie. Sur ton visage offert.
La lumière vacille, précieuse. Nos bouches, collées
Aux mots légers, fluides. Douceur murmurée, mots

Qui flottent en eau claire, intimité d’une chambre.
Ou jamais prononcés, ils ont basculé. Où vont-ils.
Migration des mots, anciens, à venir. Écoute bien.
Les mots n’en ont jamais fini. Avec qui, je ne sais.

Une bouche entrouverte, un souffle, doux parfum.
Corps enlacés, noués, oh. Mots enfouis. Écorchés.
Frisson de l’inconnu, vol d’oiseaux, dans une forêt
Africaine. Ils sont nos yeux et nos visages étonnés.

Mais l’aveugle volonté les chasse, banquise bleue,
Soleil gelé dans l’espoir d’une fleur, d’un papillon.
Que peut la volonté brute sans la lumière d’un pré,
Sans les arbres gorgés de sève et l’éclat des regards,

Si fugace, elle si forte, et sans puissance, qui étouffe
D’avoir, si orgueilleuse, ignoré la douceur des lèvres,
La tendresse des oiseaux, le courage des mains nues,
Sans lesquels la forêt ni le fleuve ne peuvent chanter.

Oh, volonté nourrie de chair, face au vent, à la houle,
Alors oui, ta rigueur est imaginative. Elle donne corps
À la création, à l’aventure. Mais tout est si fragile, oui,
Menacé. Sauver l’espérance, relever le cœur, l’ouvrir.

10 10 17

Crépitement de l’écume

Crépitement de l’écume glissant sur le sable. Auréoles
De fine dentelle. Jetée de bois gris frangée de mouettes.

Derrière les dunes, les immeubles affrontent le soleil.
Les parasols des cafés abritent la douceur des regards.

Lumière d’une journée de plage et de vent. Les voiliers
Vont et viennent. Les petits fanions multicolores d’une

Fête annoncée virevoltent. Un enfant crie, tu te retournes.
D’une main légère, tu chasses un nuage de ton diadème.

03 10 17

Vivre

Muet. Parler des mots, du corps.
Il n’y a qu’à les entendre sonner,
Résonner, frapper l’oreille, mais
Pas tympan, marteau ou enclume,

Et tous ces nerfs dedans, jusqu’où
Pénétrer. Le son bute, il n’y a rien.
L’oreille est ailleurs, je me tais.
Faille intérieure, invisible, vitale.

Dans la bouche serrée, cage molle,
Les yeux rougis, les oiseaux volent,
Dans un ciel d’espoir, — vivre —,
Se cognent les uns les autres, ivres.

Les ailes collent aux joues, salive,
Glu de l’attente perdue, plus rien.
Les plumes arrachées par les dents
tourbillonnent. Langue de papier.

Rien ne sort. Ni chant, ni appel.
Ni plainte, ni cri d’effroi. Rien.
Sais-tu ce qu’est le silence. Non.
Le silence du silence. Oui, voilà.

Les oiseaux, nus, se posent là,
Où ils peuvent, blessés, patients,
Pattes crispées, griffes serrées,
Le cœur bat si vite, le cœur. Oh.

Ils attendent. Non, ils se reposent,
Cherchent du bec, ici et là, de l’air,
De l’eau, — vivre —, de la musique,
— Vivre —. Ils attendent, enfin,

Des temps meilleurs, ciel et nuages
Frais, douce pluie du matin, parfums,
Soleil, chaleur d’été, chant de l’eau,
Neige et printemps. Ils attendent.

De la confiance, de la clarté, d’autres
Mots, des mots doux, de l’amour,
Qui sait. Personne. Personne ne sait.
Qui croire. Le sang coule, chaud,

Précieux. Heureusement recueilli
Dans la gorge nouée, fermée. Tout
Est là. Le corps contient tout. Il est
Temple, crypte, gouffre, puits secret.

Il garde, protège, prêt à tout libérer,
Pour le matin à venir. Tes mains,
Tes yeux et tes jambes, tes seins.
La lumière est si tendre, et le jour.

La peau frissonne. Est-ce la beauté.
Les mots se tiennent prêts, j’écoute.
Bouche serrée. Le vent est trop fort.
L’être joyeux se cache, mais il est là.

29 09 17

Quand la nuit

Atteindre enfin, — oh, démesure
Du vent, mâchoires du temps —,
Ce que les yeux cherchent, fous,
En vain, aveuglés. Ils ont vu, là.

Au-delà des arbres, couchés par le
Souffle de l’eau, accrochés à la roche
Que les vagues caressent, caressent,
Depuis des millénaires. Roche polie,

Roche adoucie par le sel, brillante
Au couchant, au petit jour, essentielle
Aux oiseaux, aux alevins, aux crabes.
Roche refuge, — roche secrète, léchée.

Gardienne de la vie, des grands pins,
De nos pas, de nos corps allongés, offerts.
Se laisser porter, libre et serein, espérer.
Ils ont vu, un éclair, une faille, une bouche.

Oh, douceur gâchée par les peurs, par
les silences, les nuits blessées. Et.
Ne rien regretter, laisser ouvert
le monde, la tête sous l’oreiller chanter.

Le paysage, infini, à portée de main.
Que vouloir de plus. Tu veux croire.
Oui, croire, croire en, en ce ciel, ce visage.
Les espaces vierges sont visibles à l’œil nu.

Fouler une terre de beauté, cela exige
L’oubli de soi. Hors de soi, tout donner.
Aimerai-je mieux les algues, la mer, ta voix,
Le soleil, je ne sais, quand la nuit, la nuit.

29 09 17