Étrange mélancolie

La rue est écrasée de chaleur.
Une moto passe et tout tremble.
Où donc ai-je vu cela. J’imagine
Des arbres, et pas un immeuble.

L’ombre fuit devant mes pas.
Un bus asthmatique s’arrête, et
J’aperçois une frondaison secrète.
Un animal, caché je ne sais où,

Alerte l’univers d’un imminent
Miracle. Où est-ce. De ma bouche
S’envolent des oiseaux africains,
Je les aime tant, plumes fleuries.

Je trouve refuge dans un bouiboui,
Type maquis, bière fraîche, poisson
Grillé. Tu ris, je ne sais pourquoi.
Kilomètres de piste, fatigue. Mais

De quel voyage parles-tu. Le fleuve
Se perd dans un ciel blanc, le voile
Effiloché d’un été incendié. Tu ris.
Oh, étrange mélancolie. Dehors,

Un hippopotame bâille au milieu
D’un étang vert. Des flamboyants
Rougeoient. L’Afrique nous hante,
Si belle, avec ses chants, sa joie.

29 08 17

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La fraîcheur des secrets

Sur les cimes vertes, des lambeaux
De nuit. La fenêtre accueille le ciel.
Nuit noire abandonnée à l’oubli.
L’oiseau scrute la mer et se tait.

Parfums des arbres. L’écorce
Éclate, incendie de joie. Oh, joie.
L’enfant court sur la plage.
Pins, palmiers, agaves, genêts.

Pour toi, pour toi, pour toi,
Pour toi. L’amour ne s’éteint pas,
Ou il n’est rien. Vivant, dit le griot.
Les lèvres s’ouvrent, cherchent.

Nul besoin d’appeler, de parler.
Les fresques archaïques pâlissent.
Les fourmis sillonnent les creux,
Les fêlures. Le vent même, lacéré.

Malheur. Quel mythe sauvera
les abeilles et les yeux et le sang.
Ruminer. Les fous ruminent. Non.
Ils dansent sur la terre embrasée.

La poussière s’élève et scintille.
Tenace illusion, la nudité. Peinture.
Les mains volètent, frôlent, cachent.
Balayer les mots vides, les mots.

Chant du cœur. Rire, croire au soleil.
Ensoleiller le temps, ensoleiller.
Pour que naissent les ombres,
Et la fraîcheur des secrets.

Tout basculera dans le silence.
L’écriture sur la pierre, effacée,
inutile trace de l’inquiétude,
laissera place aux libellules.

27 08 17

Le fracas du ciel

Qu’y avait-il, dans la cabine où Maqroll el Gaviero
lavait son âme venteuse et trouée, vieux cargo bleu,

dans les rues tendues de draps pendus aux balcons
torsadés, de robes blanches et de cris, dans l’ombre

d’une chambre vide où il rêvait du large. Le fracas
du ciel. Inventer une nouvelle solitude pour le désir.

23 08 17
San Carlos de la Rápita, 21 08 17, 18h53. ©JJM

L’espoir d’une fleur

Certains cris semblent sortis d’un long et tortueux
Boyau de silence, d’autres s’engouffrent on ne sait

Où, sous le sable, en pleine mer, dans le bec béant
Des goélands, les remous de cargos lourds de bois.

Ou piquent le ciel de mille peurs enfouies, des cris
De la nuit, au bout des nuages en quête de caresses.

Cris des mains, des visages oubliés. Oh, la lumière
Du cri d’agave, dans l’espoir d’une fleur, mortelle.

21 08 17
San Carlos de la Rápita, 20 08 17, 16h14. ©JJM

Bois flottés

Dans l’atelier du peintre, au sol éparpillés, boîtes
d’archives ficelées, sacs de toile dodus, col serré,

caisses empilées d’une compagnie africaine, bols
remplis de coquillages, où tempêtes, alizés, duos

d’amour s’enlacent. Des tissus chinois retiennent
le moindre souffle ou parfum. La fenêtre ouverte

donne sur la mer. La musique inonde le ciel et les
palmiers frissonnent. Sur le sable, des bois flottés.

21 08 17
San Carlos de la Rápita, 20 08 17, 16h31. ©JJM

Plein écran

Traversée d’un lac de sel asséché, l’astre de feu
sur les épaules, western de série B. Carton-pâte

sur la langue. L’air brûle et là-bas, des maisons
de bois, des enseignes craquelées. Un troupeau

de chèvres noires. Espagne d’un enfant maigre.
Il rêve d’oiseaux, de pinède et de fleurs d’agave

Penchées vers il ne sait quel avenir merveilleux.
Île, goélette, visage éclatant, plein écran the end.

20 08 17
San Carlos de la Rápita, 20 08 17, 16h19. ©JJM

Écoute le vent

Si longtemps, est-ce possible, je cache ma joie.
Un sommet à gravir, un col à franchir, vent sec

De la confiance. Lumière et le sol ondule, nuage
Poussiéreux de mots, coquelicots épars, silence.

Tendre la main, oh, visage des nuits. Lamparo, et
Couloirs où je cherche en vain le refuge des yeux.

Nul chant ne rompt le fil d’une existence de sable.
Et rien ne nous sépare, que nous-mêmes, volonté.

Un palmier face à la mer, oui, la force d’un destin.
Nul opéra, les voix se sont tues, oh, écoute le vent.

19 08 17
San Carlos de la Rápita,15 08 17, 17h17. ©JJM