Destin

Tout mot cache un silence, son ombre portée, / À peine dit, crée un vide sien, celui du corps. / Il fait feu de tout moi, logé au cœur du crâne, / Fouillant profond, fait sa toile, un nid ou rien.

Silence imminent reconduit, le mot est douce / Flèche ou cible de paille. Au soleil tout brûle, / Renaissant, miroir aux éclats de sel, et devant / Batifole l’univers. Arbres et oiseaux, prairies,

Montagnes, tout est bon, à qui dira les larmes, / De joie ou de tristesse, fulgurant écho, la chair / Caressée, blessée, ce qui touche l’œil, la peau,

Le corps exposé. Bleu du ciel et de la mer, nuit / Rongée d’absence, de cris. Terre, aux semelles / collée, dans ma bouche devient paysage, destin.

Photos : Reflet du matin, petite fenêtre, Toulouse, 08/06/15, 06:56 ; Buste d’Isabelle d’Aragon, 1469, Francsco Laurana, Italie, m. Jacquemart-André, Paris, 08/04/17, 11:33 ; Tête d’Apollon, « l’Apollon de Cassel », 2e s. ap. J.-C., Grèce (d’après Phidias original 470-460 av. J.-C.), louvre, 20/07/20, 11:36 ; sonnet ©JJM

Bonheur moiré

Se perdre dans ses pensées, oh,

Source de l’informe en-deçà de

Soi, mais non, à quoi penses-tu,

Tais-toi, laisse-toi aller. Tu suis

De l’être l’inquiétude, la brume

Des possibles, le feu revigorant

De la mélancolique incertitude,

Bonheur moiré du miroir d’eau.

Photos : « Nymphe à la fontaine des Innocents », J. Lœbnitz, d’ap. J. Goujon (XVIe s.), v. 1894, m. d’Orsay, Paris, 26/07/18, 11:55 ; envers de Garonne, 07/12/14, 17:10 ; Dans le métro, Tlse, 01/02/16, 15:12 ; impromptu ©JJM

Histoire

Fragiles images, mais si tenaces et profondes. / Vulnérable, fuyante, la vie leur doit tant. Elles / Couvrent les plaies invisibles, d’un revers les / Fissures, d’un chagrin. Au fond du puits, ciel.

Elles se détachent d’on ne sait où, consolent un / Temps, nous prêtent leur harmonie, leur éclat. / Oh, du panier sortent les mélodies originelles, / Celles à venir, fil tissé d’or de nos rencontres,

Des histoires hétéroclites, moments bricolés de / L’existence. Poser les yeux, paysages, temples. / Chantent le rivage, la ruelle ensoleillée, un tram

De Harlem, la voix de Billie cassée par l’amour, / Les cigales, âmes de poètes, gardiennes d’une / Lumière parfumée, ton visage au point du jour.

Photos : Tableautins de portes, Galerie Borghese Rome, 23/08/18, 16:50 ; Egon Schiele, Beaubourg, Paris, 29/10/18, 19:41 et 45 ; Carrelage, Basilique Santa Maria Nova, Rome, 19 08 18 14:19 ; sonnet ©JJM

L’orage

D’un cyclone l’œil, des nuits

L’orage intime, ne laisse pas

De transpercer la chair à vif,

Dans le vacarme d’une eau

Sombre sur une côte déserte.

Mais toujours brille une étoile

Dont le désir contient l’éclat,

Que chacun rêve de toucher.

Photos : d’après Noli me tangere, Le Corrège (v. 1524, Le Prado, Madrid), papier mouillé 03 05 20 ; Fond de verre, Œil et cyprès, 03/05/20, 16:55 et 17:07 ; impromptu ©JJM

Le Hublot

Le temps me joue des tours, ma

Pensée flotte, le hublot du réel

S’ouvre. Je vois se croiser l’être

Et le devenir, en un troublant à-

Peu-près. Tu es derrière moi, je

Me retourne. Le Canal scintille.

Il fait miroiter cet instant dont

L’existence, mise à nu, raffole.

Photos : Péniche, Canal du Midi, Tlse, 04/01/17, 19:55 ; Jardin des Tuileries 27/02/18, 11:59 ; Pont St Ange, Rome, 20/08/18, 12:44 ; impromptu ©JJM

Le Sable

De l’être l’eau et l’air mêlés

En un visage serpentin. Oh

Oui, sable entre les doigts,

Grains de coquillages usés,

Tant de mots lancés au loin

Dans les crevasses marines.

Refuge de l’aventure à venir,

La roche console de l’orage.

Photos : Digue, Sans Sebastian, 27/10/17, 17:23 ; Méditerranée, Peñíscola 11/08/15, 17:56 ; Jardin des Tuileries, 27/02/18, 12:05, impromptu, ©JJM

Le Cri

Jamais cri ne fuse du tréfonds

S’il ne gît cru, cœur du corps

Écorché, de l’intérieur à vif,

Volant ainsi nu aigle affolé,

Flèche d’autan sur la peau

Avilie, traversant un vide

Abyssal, aveuglant appel,

Explosion de vie, plein ciel.

Photos : Arbre, 23/03/13, 17:24 ; Ratto du Proserpina, Bernini, Galerie Borghese, Rome, 23/08/18, 16:07 ; San Sebastian, España, 18/08/14, 16:33 ; impromptu ©JJM

Embruns

Aurai-je donc toujours été

Sur le départ dès l’arrivée,

Sur le qui-vive, alerté par

L’imminence d’une faille,

Imaginaire gouffre du sens,

De visages, vierges rivages,

D’une réalité flottant dans

L’air du large, les embruns.

Photos : Rio Tagus, Sète, 19 07 14 12h35 ; Reflets, Cathédrale St-Étienne, Tlse, 17/02/16, 17:05 et 16/03/16, 17:07 ; impromptu ©JJM

Reflets

Ainsi, de reflet en reflet,

N’ai-je su que me perdre,

Ou bien me suis-je tenu,

Aimant ce qui, fuyant,

Transforme l’inquiétude

En voyage intérieur, au

Cœur des choses, tu sais,

En n’y cherchant que toi.

Photos : Colonnes, Louvre, 09 11 10 08 h53 ; Garonne 28 03 21 15h49 ; Jardin Villa Borghese 23 08 18 17h28 ; impromptu ©JJM

De l’Être la fêlure

Les mots sont le sang. La main s’étonne, / Trace de quoi tisser un fil, retenir la vie.

En chemin vers la clôture du gouffre, / De la fêlure, parer la plaie de l’être, / L’abîme du soi où le soleil s’égare.

Creuser, racler, donner voix et lumière à / Ce qui gît profond. Échouer sur un rivage / rocheux, à l’ombre de grands pins, libre.

La main écrit sur l’eau le temps de l’exil. / Vers où, nul ne sait. Suivre les lignes brisées, / Elles font surgir ce qui n’existe plus, caché,

Secret, rejeté. La main s’empare du vide, /dessine deux visages, pour qui, le sais-tu.

Photos(s) : Ontologie sauvage III, du 14/03 au 29/03/21 ©JJM