Mythe

Le rêve ne s’embarrasse de rien,

La nuit malaxe le temps sidéré,

Le corps met en scène l’univers,

Le mythe est l’enfance de l’art.

Oh parfums entêtants, couleurs

Trop vives, paroles de myrrhe,

Temple des forêts, sous un ciel

Où se confondent soleil et joie.

Photos : Chapiteau médiéval, m. des Augustins, Tlse, 03/02/19, 15:49 : Palmiers, San Carlos de la Rápita, España, 12/08/17, 16:36 ; Tête Wicar, anonyme, Italie, XVIIe, 26/07/18, 11:43 ; impromptu, ©JJM

Hommage

Douces vagues, roches rugueuses.

Rien n’existe sans peau, sans yeux,

Dont nous ne savons rien non plus,

Sans d’autres yeux, d’autres mains.

Les nuages se reposent sur le sable,

Mais non, le miroir flotte au vent,

Les mots volettent, le paysage naît

Du désir, en hommage à l’enfance. 

Photos : Hendaye, plage, 15/08/14, 15:36, 16:04 ; Regard dans un verre d’eau, 08/05/16, 09:38 ; Statue, Cour carrée du Louvre, 07/06/17, 17:53 ; impromptu ©JJM

L’Œuvre à venir

Se pourra-t-il que des remous

Du fleuve que rien n’arrêtera,

Parmi les branches arrachées

Des montagnes et des plaines,

Naisse la douceur des regards

Et des mains, l’œuvre à venir

Des rêves, de l’illusion vitale,

Dans le frôlement de l’abîme.

Photos : Fleuve 27 02 15 16h33 ; Migrante, 1936, Dorothea Lange, m. du Jeu de Paume, Paris, 30 10 18 15h23 ; Ombre, 31 12 15 7h05 ; impromptu ©JJM

Le Sang

Chantez corps blessés, chantez.

Vous seuls direz la joie, le rire,

L’amour brûlant. Le sang coule

En vous, et chacun de vos mots

Irrigue la moindre fleur, le plus

Petit arbuste, la fontaine devant

Le kiosque où vous défiez la vie,

Nous danserons jusqu’à la nuit.

Photos : Statuette féminine, Îles de Cyclades, Cycladique ancien, 2700-2300 av. J.-C., dessin, 15/12/19 ; Billie Holiday, dessin, 12/01/20 ; Massif de fleurs devant le kiosque, Grand-Rond, 03/04/21, 11:05 ; impromptu ©JJM

Le Hublot

Le temps me joue des tours, ma

Pensée flotte, le hublot du réel

S’ouvre. Je vois se croiser l’être

Et le devenir, en un troublant à-

Peu-près. Tu es derrière moi, je

Me retourne. Le Canal scintille.

Il fait miroiter cet instant dont

L’existence, mise à nu, raffole.

Photos : Péniche, Canal du Midi, Tlse, 04/01/17, 19:55 ; Jardin des Tuileries 27/02/18, 11:59 ; Pont St Ange, Rome, 20/08/18, 12:44 ; impromptu ©JJM

Le Sable

De l’être l’eau et l’air mêlés

En un visage serpentin. Oh

Oui, sable entre les doigts,

Grains de coquillages usés,

Tant de mots lancés au loin

Dans les crevasses marines.

Refuge de l’aventure à venir,

La roche console de l’orage.

Photos : Digue, Sans Sebastian, 27/10/17, 17:23 ; Méditerranée, Peñíscola 11/08/15, 17:56 ; Jardin des Tuileries, 27/02/18, 12:05, impromptu, ©JJM

Le Cri

Jamais cri ne fuse du tréfonds

S’il ne gît cru, cœur du corps

Écorché, de l’intérieur à vif,

Volant ainsi nu aigle affolé,

Flèche d’autan sur la peau

Avilie, traversant un vide

Abyssal, aveuglant appel,

Explosion de vie, plein ciel.

Photos : Arbre, 23/03/13, 17:24 ; Ratto du Proserpina, Bernini, Galerie Borghese, Rome, 23/08/18, 16:07 ; San Sebastian, España, 18/08/14, 16:33 ; impromptu ©JJM

Embruns

Aurai-je donc toujours été

Sur le départ dès l’arrivée,

Sur le qui-vive, alerté par

L’imminence d’une faille,

Imaginaire gouffre du sens,

De visages, vierges rivages,

D’une réalité flottant dans

L’air du large, les embruns.

Photos : Rio Tagus, Sète, 19 07 14 12h35 ; Reflets, Cathédrale St-Étienne, Tlse, 17/02/16, 17:05 et 16/03/16, 17:07 ; impromptu ©JJM

Reflets

Ainsi, de reflet en reflet,

N’ai-je su que me perdre,

Ou bien me suis-je tenu,

Aimant ce qui, fuyant,

Transforme l’inquiétude

En voyage intérieur, au

Cœur des choses, tu sais,

En n’y cherchant que toi.

Photos : Colonnes, Louvre, 09 11 10 08 h53 ; Garonne 28 03 21 15h49 ; Jardin Villa Borghese 23 08 18 17h28 ; impromptu ©JJM

De l’Être la fêlure

Les mots sont le sang. La main s’étonne, / Trace de quoi tisser un fil, retenir la vie.

En chemin vers la clôture du gouffre, / De la fêlure, parer la plaie de l’être, / L’abîme du soi où le soleil s’égare.

Creuser, racler, donner voix et lumière à / Ce qui gît profond. Échouer sur un rivage / rocheux, à l’ombre de grands pins, libre.

La main écrit sur l’eau le temps de l’exil. / Vers où, nul ne sait. Suivre les lignes brisées, / Elles font surgir ce qui n’existe plus, caché,

Secret, rejeté. La main s’empare du vide, /dessine deux visages, pour qui, le sais-tu.

Photos(s) : Ontologie sauvage III, du 14/03 au 29/03/21 ©JJM