L’être

« Il n’est rien si beau et légitime que de faire l’homme et dûment, ni science si ardue que de bien et naturellement savoir vivre cette vie ; et de nos maladies la plus sauvage, c’est mépriser notre être. »

Montaigne, Essais, III, 13, « De l’expérience »

Photos(s) : Ontologie sauvage I, du 22/02 au 13/03/21 ©JJM

Le Feu et l’Eau

Ne crains pas d’arracher ta langue, si dans ta main / La pluie perce la peau. Si les mots t’abandonnent, / Si le sol coule, personne n’y peut rien. Elle flotte / Au milieu des ruines. Alors, laisse-toi aller au gré

Du silence meurtri, entre mur blanc et porte close. / Souviens-toi du rêve ultime. Tu as avalé tes mots. / Des pas furtifs, un regard fuit et tu suis une ombre. / Tu suffoques. D’autres repousseront dans ta gorge.

Ne crains rien, ils sont engloutis par le fleuve. Oh, / Mon corps brûle. De mes doigts, de mes cheveux, / De mon ventre des flammes éclairent livres et lit.

Elles caressent mes jambes. La pluie fine coule sur / Mon visage. Le feu, l’eau, mon crâne s’ouvre enfin. / Dans la douceur du matin glisse un nuage de cendre.

Photos : Personnages, art gréco-romain, antiq., Louvre, 09/04/17, 12:48 ; Autel, cathédrale Saint-Étienne, Toulouse, 13/03/21, 15:47

Océan

Oh, puissant colosse où grouille la vie,

Tu guides les astres, nourrit les mythes.

En toi se perd la mesure, et naît l’esprit.

Nous vois-tu marcher sur le rivage.

Nos pieds s’enfoncent dans le sable.

Entends nos rires au cœur du silence.

Photos : musée Saint-Raymond, Toulouse, 03/08/18 : Le dieu Océan, IVe-Ve s. art romain, sol d’une salle des thermes, 17:35 ; Thétis (et Triton), IVe-Ve s. art romain, panneau d’une abside, 17:36 ; Fenêtre, 16:30 ; impromptu ©JJM

L’Oiseau

Un oiseau est passé,

Tu regardais ailleurs.

Maintenant qu’il y est,

De quoi donc as-tu peur.

Photos : Fenêtre du m. des Arts décoratifs, Paris, 27/04/16, 12:19 ; À la fenêtre, 09/07/16,03:53, et 06/07/16, 06:04, impromptu, ©JJM

La Forêt

Dans la forêt du Temps, jamais

Ne fleurira ce que j’aimerais

Dire, le parfum des murmures,

Ni la malice d’un regard oublié.

Photos : Tête féminine, Togo, coll. pers., XXe s., 07/07/20, 14:15 ; Sous un banian, Jardines de la Glorieta, Valence, Espagne, 13 08 16 14:26 ; Arbres, Grand-Rond, Tlse, 06/03/21,16:23, impromptu ©JJM

La Fièvre

Oui, les mots ont une étrange vie. Ils se pressent,

Mais je ne dirai rien, tout reste au bord des lèvres.

Oyats, vent de mer, épaule nue, jour de liesse.

Et la nuit, l’incendie, la fêlure et la fièvre.

Photos : Masque anti-Covid-19, 19/07/20, 14:15 ; Brun, compost, Grand-Rond, Toulouse, 06/03/21, 16:16 ; Comprimés, plantes, 12/09/20, 20:32, quatrain ©JJM

Chœur antique

Noyé dans un brouillon de nuit, cruel présage,

Beauté nue. Les arbres s’étonnent et les nuages

Ont fui. Chœur antique, – d’un aveugle, heureux

Déchiré, tragédie -, pourquoi ton chant joyeux.

Photos : Tête masculine, IIe s., art romain, Petit Palais, Paris, 24/07/18, 12:56 ; Pilastre, Ier s., art romain, m. St-Raymond, Toulouse, 03/08/18, 17:38 ; Arbres d’hiver, Grand-Rond, Toulouse, 06/03/21, 15:58, quatrain ©JJM

Annonciation

Oh, force et faiblesse des mots, hérauts de l’esprit. / Sans eux perdu, parmi les choses et centre de rien. / Sans lieu nulle part, sauvé par l’errance innommée / Qu’esquisse un trait. Roche, arbres et corps peints.

Les mots ouvrent sur eux-mêmes. Ils dessinent ce / Qui surgit ici et là, étang, forêt, oiseaux, reflets. / Monde parfumé, festin des yeux, ouverts sur, oui, / D’autres yeux. Que visent-ils, d’autres êtres et toi

Visage, puits, source. Le temps joue avec l’espace, / Le tord. Il me perdent, mais sans eux je ne suis rien, / Et sans te voir me sais perdu. Le fleuve coule enfin

Dans un tourbillon de Turner, fixe le moment où je / Te devine sur une eau moirée, toi ne te sachant vue. / Sur l’eau, cœur de la vie, dis-moi de qui s’annonce.

Photos : Reflet, fontaine du Grand-Rond, Toulouse, 06/03/21, 16:21 ; Reflet sur plaque rayée, 11/07/14, 11:15 ; Mannequin en vitrine, Tarragona, España, 24/08/17, 14:59, sonnet, ©JJM

Le Temps ne fuit pas

L’air est si fluide. Le moindre courant

Fait virevolter les images effacées.

La mémoire traque en vain les éclats

De ce qu’aucune voix n’a jamais dit.

Photos : Colonne de Buren, Jardin du Palais-Royal, 05/03/18, 11:45 ; Statue, Le Louvre, 01/03/18, 16:55 ; , Paris, 29/04/16, 08:04, quatrain ©JJM

Trouver refuge

Le tulle de la nuit retient tout dans ses plis,

Chant lancinant de nos amours et de nos peurs.

Trouver refuge dans les mots, aimer la vie.

Se consoler, secret des rêves et des fleurs.

Photos : L’homme qui marche, Rodin, expo Grand Palais, 05/04/17, 11:51 ; reflet à Beaubourg, 10/06/17, 14:35 ; Drapé, Cour carrée du Louvre, 07/06/17, 17h52, quatrain, ©JJM