L’horizon transparent

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Le paquebot nargue l’orage qui a transpercé la coque, balayé les coursives, dévasté les cabines. Les salons regorgent de plats, de verres élégants. Les lustres se balancent, il n’y a plus personne, un noir silence remplace le brouhaha mondain. La voix de Ruth Etting flotte sur les aquariums où des poissons s’ennuient. After you’ve gone. Mutisme saturé de hoquets, les portes grincent, les rideaux collent aux hublots.

Sur le pont, des guirlandes suinte une gaité finissante, le chœur des mouettes alertent les nuages. Des spectres glissent, visages ignorés, paroles diluées dans une séduisante légèreté. Les moteurs soudain grondent. Il est temps de partir, d’aimer, no se puede vivir sin amar. L’horizon transparent désunit ciel et mer. 

Le paquebot s’éveille, en son ventre l’ailleurs. L’air se dilate, les guirlandes ont terni, inutile décor. L’ancre remonte, la falaise s’éloigne. Des regards se croisent à nouveau, des mots volètent, se posent sur les nappes, basin brodé d’hibiscus, de coquillages, de palmiers. Jus d’orange, pain grillé, tasses fumantes. Et nos rires, et nos mains étonnées.

texte et dessin (d’après Janine Loris Prévert, 1935, et Grande danseuse, Antiquité grecque ; graphite, mine de plomb, pierre noire, 12/03/20)

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