À fleur de peau

P della Francesca 25 01 20 12h48.jpg

De l’image, le gouffre. Ce qui est vu n’est pas ici, ni ailleurs. La peinture ne reflète pas. Elle scrute. Elle fait jaillir, dans la clôture d’un espace-corps, tissé de profondeur, cet arbre, ce ciel, cet oiseau. Elle s’enfonce si profond, inépuisable suggestion de ce qui n’est jamais là.

Sa source est non la mort, pressentie en toute chose, mais la perte et l’imminence de la vie, qu’il faut sauver, au prix de la vie-même. Couleurs volées, mélangées, étalées là, sous nos yeux. La mise en scène est à fleur de peau. Son absence est un leurre.

C’est notre assise, faille infranchissable, et nous-mêmes découpés, recomposés. Un fil coud les visages tranchés, et l’aiguille perce la peau. L’image est le fil, l’aiguille, la peau ; et le gouffre, nous.

texte et dessin (d’après Piero della Francesca, Battista Sforza, 1455, m. des Offices, Florence ; pierre noire, graphite, 25/01/20) ©JJM

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