Courir après les oiseaux

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Il n’est plus temps de courir après les oiseaux. Les arbres sont transparents. La rue, torrent de douceur et de cailloux. Les fenêtres se ferment à l’approche du jour. L’air est exténué. Arrête-toi. Les briques flambent de joie, de douleur. Le soleil perce les murs, éclabousse les toits, n’a que faire de tes vaines prières, enfant. Des espoirs bricolés dans l’urgence du vertige. Tu peux crier, implorer, te taire, et puis. Les braises consument les plantes des balcons, géraniums, azalées. À quoi bon ronger les murs, s’accrocher à de riens.

Sur le trottoir, des silhouettes penchées, contre un vent salé, désert de l’océan, chevelure d’une comète. Fils d’or. Fleuve tapi sous les ponts, docile, fort. L’eau racle le fond, épaisse, tourmentée. Elle accroche les vieux vélos, meubles cassés, roues ensablées, jetés depuis le quai. Rites sacrificiels. Toi, que jettes-tu par-dessus bord, pour lutter contre la peur, la maladie, la mort. Tes rires, tes joies, au creux du ventre les chagrins. Ne jette plus rien.

Il n’est plus temps de frôler les précipices, de laisser la colère déchirer la côte. La houle met à bas la falaise, et l’enfant renaît de tout, court en plein ciel. Ni falaise, ni houle. Sortir, aimer. Jette les nuits arrachées à la vie. Pars, dans tes poches les regards, si tu veux, les lèvres offertes, les cheveux étalés sur l’herbe. Pas le reste, émois, paroles chuchotées, ce qui soudain te vide de ton sang. Je descends l’escalier. Au pied des cyprès, des oliviers, fraîcheur de l’ombre. Zakinthos. Terre ocre jaune. Un temple, la mer. J’aime tant les îles.

texte et dessin (en cours, mine de plomb) ©JJM

(E.-A. Bourdelle, Tête d’Apollon, 1900-09, Musée d’Orsay, Paris)

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