La guerre

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Sur l’étiquette, solution buvable. Ce matin n’avance pas. Tout n’est qu’agression, réveil effiloché. Édulcorée au maltitol liquide, saccharine. Les mots s’éparpillent dans la cuisine, suivent une mouche jusqu’à la fenêtre, se mélangent à la glu radiophonique. Tout va à vau-l’eau. Argent roi, plages bondées, guerre partout, naufrages, discours creux, violence, pauvreté. Qu’avons-nous fait de nos mains, égarées. Je cherche ton parfum, ta voix, tes yeux.

Jaune bleu, le flacon de sirop n’arrive pas à masquer les taches sur le mur. Café, chocolat, indéterminées, minuscules riens. Saint-Sernin égrène l’Ave Maria. Quelle histoire, il fait si beau. Il faut franchir le seuil, et commencer par ouvrir la porte, avant cela, trouver la porte. Une illusion de porte ferait l’affaire, une espérance de seuil. La rue est silencieuse, la ville est muette. Une pie s’évertue à scier l’air. Les martinets crient victoire.

Les pigeons sont dans les platanes, loin. Au bord du Canal, le ciel s’étale sur l’eau. La passerelle des Soupirs, là-bas, se donne un petit air de Japon. Lumière rasante, air frais, pots de géraniums sur les péniches. À l’ombre, le temps bégaie. La guerre se cache. Faut-il se mettre en colère. Faut-il semer des ruines, laver les taches, boire une cuillère de sirop, croire encore. Sinon, ni porte, ni rien du tout. La cafetière siffle et m’arrache au spectacle d’une dévastation imminente, repoussée.

texte et dessin (pierre noire, 02/01/20) ©JJM (Jules Desbois, La guerre, 1919-20, Musée d’Orsay, Paris)

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