Les blessures de l’histoire

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L’hôtel ne dort pas. Pénombre inconnue, flotte un parfum de fleurs, de produits d’entretien, sol et meubles. Le couvre-lit est vieillot, nid d’abeille, blanc. Aux murs, des marines, des plages anciennes, sur un papier gaufré, coquille d’œuf. Fenêtre vert passé, le volet florentin est entrouvert. La rue grouille de musiques chaloupées. En bas, le café est bondé, des enfants courent.

La nuit a envahi le ciel, et le souffle des vagues, au loin, caresse les vitres, se répand dans la chambre en volutes. À l’étage supérieur, des talons claquent. La moiteur coule sur le visage, sur tout le corps écrasé de chaleur, collé aux draps rêches, nu. Bataille charnelle de la vie. Lumière zébrée des larges persiennes, pleine de mystère. Au sol, des losanges carrelés ocres et blancs. Les bruits sur la petite place, les bancs de pierre, les arbres étiques, tout chante.

Aux balcons se balancent des légendes de soie, des aventures aux îles bleues. L’amour et la joie badigeonnent les façades. Il faut sortir, le monde bouge et palpite. Il faut plonger au cœur des regards, cesser de mâcher une langue sèche, boire l’alcool des fruits saturés d’or, danser sur les blessures de l’histoire. 

texte et dessin ©JJM

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