L’arbre

 

L’arbre est fendu, cime brûlée par la foudre, en plein sommeil. La nuit ne respecte rien, ni les roches, ni les brebis, ni les toits, ni les enfants. L’orage affole et détruit, balaye tout. Les torrents noient les racines à vif. L’arbre se meurt. Ses branches hautes et basses depuis des siècles, hélas, abritaient nids secrets, course folle des écureuils, brouillard et rêves pris dans les plus fines ramures. Entaillé jusqu’au sol. L’humus baigne dans le sang.

Quelle hache, pour telle besogne. La sève coule en traînées jaunâtres, frangées de fourmis. L’écorce déjà fuit le tronc. Le soleil s’en prend au bois griffé. Craquelé. L’arbre a l’air étonné des morts, surpris quand l’avenir leur souriait. Quittez les lieux, plus de lieux, de saisons, de matins. Statues blessées d’Aphrodite et d’Apollon. Douleur de l’arbre, quand l’éclair fend les nuages comme chair le couteau. Tout tremble. Les troupeaux courent en tout sens. L’arbre, si majestueux. Nul ne peut l’abattre, hors épée de lumière.

Je ferme les yeux. La pluie dévale la rue, se jette vers le Canal. Cet arbre, il y a des années, encore là. Et moi, courant, jetant mon piolet, m’abritant dans un trou de roche. L’orage me tient. Je protége mon visage, le tonnerre explose, l’arbre crie, un long cri. La forêt frissonne, cathédrale effondrée.

texte et vidéo ©JJM

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