Le seau de plage

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En lisière de pinède, au pied de dunes battues à l’est, un banc. Le souffle rauque de l’océan rend l’ailleurs imminent. Sur le dossier vert, un oiseau extatique, né du tapis d’aiguilles. Rien ne bouge, hors sa tête. Des sourcils d’oyats frangent la crête de sable. Tache rouge d’un seau de plage renversé.

Oublié par un enfant, à la poursuite d’une libellule. Ou échoué, marée furieuse, ramassé, abandonné au vent. Il donne au paysage la saveur d’un crime ancien, mythe lacéré par l’impassible houle, amour rongé de sel, de lumière. Paroles abandonnées au fond du seau de sang.

Un vol d’oies sauvages, les pins couchés par le galerne, les oyats dominant l’horizon des tempêtes, donnent la force de croire le crime enfoui, criblé d’or, seau vidé de toute blessure. L’ailleurs y chante la clémence du ciel, la beauté d’un visage caressé par le temps.

Texte et dessin (Caïn, H. Vidal, 1896, Jardin des Tuileries, Paris, 10/12/19) ©JJM

 

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