La grande marée

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Douce aridité crayeuse des galets polis par le hasard des voyages, sable mêlé de coques et de couteaux vides. Il crisse sous le pied, tandis qu’au loin, derrière les dunes coiffées d’oyats malmenés par les vents, et de pins triturés par la sève, la ville est éventrée par la folie, les cris, la haine et l’horreur. À terre est le sang.

Les visages de tragédie antique brûlent. La grande marée dépose, sur le littoral millénaire, des lambeaux d’algues rouges piquées de fissurelles. Les sirènes hurlent. Oreilles de Saint Pierre, éclats de mâts et de cageots, bouts de cordages dilacérés, mêlés aux corps meurtris, déchiquetés, gorgés de souvenirs et du sel de la vie.

Échos de violence au milieu des rochers, tandis que l’océan abrite l’avenir. Il lève les yeux, mouettes et goélands pétrifiés. À l’horizon glisse un cargo d’âmes errantes, en quête de consolation.

texte et dessin ©JJM

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