Une silhouette

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Chape du silence rouillé. Il coule sur la langue, envahit bouche, gorge et poumons, brûle tout. Les rues bondées se teintent de mille absences croisées, regards au sol ou droit devant,  collés aux porches, non, aux vitrines, vêtements, chaussures, lampes, lunettes, vaisselle de luxe, livres, vins, on liquide tout, y compris les âmes.

Dans le brouhaha, se glisse un silence de fer, la salive n’humecte plus rien, il n’y a plus rien, des images, des voix, des musiques pâteuses. Ce mélange creuse en lui une obscure galerie, pas noire, obscure. Il s’y engage, un chemin. Une pluie fine hachée de vent tombe depuis le matin, la joie se désaltère. Inépuisable ciel, le visage offert, les gouttes sur sa peau et en lui. Un bus manque le happer, jailli du temps, énorme, hurlant, qui fonce vers sa tanière, ventre plein.

De ce magma se détache une silhouette, elle danse devant lui. Il détourne la tête, elle n’est l’ombre de rien ni de personne. Elle ondule, invite à bondir hors de tout, à partir en courant vers un ailleurs à créer, source de l’ombre, déjà là, dans cette rue, que la vie lui offre et lui retire.

texte et dessin ©JJM

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