Gouffre

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Autour du lampadaire, tournent aveuglés phalènes, géomètres et moucherons, nuées survoltées dans la mortelle lumière, effrayante beauté. Il titube de joie, le lourd soleil se cache. Les bateaux rentrent au port, marins fourbus. On n’écoute pas les morts. Terrasses riantes, chants et cris, les verres brillent. Les regards s’enflamment. Les enfants lancent des flèches de Sioux, plumes rouges et noires.

Au-dessus d’une porte, une ampoule se balance dans le vent chaud du désert. Il respire le large piqueté d’îles. Il suffit de se mettre en chemin, sais-tu. D’une main, il chasse un petit papillon sur son cou.

Dans la maison, des voix disent la vie et la mort, l’amour, le départ, le retour, mais aucun son ne lui parvient. Un silence de gouffre l’enserre dans son tourbillon, dans le souffle des vagues et le chuchotis des galets. Debout sur la jetée, il scrute la nuit, les étoiles. Le jour n’est pas loin.

texte et dessin ©JJM

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