Brume de café

22 11 19 wip.jpg

La table de la cuisine est froide. Là-bas, les vagues submergent la jetée. La fenêtre bat sous la mitraille des embruns. Nul besoin de passer la nuit en mer, pour être enveloppé du secret des grands fonds. Le bol fumant joue les caboteurs, dans une brume de café. Je devine une côte mystérieuse, sombre. La roche affleure, auréolée d’écume.

Il suffit de plonger pour ressentir la fragilité de la vie. Le pain grillé a le goût du désert. Sous un implacable trou de feu, l’eau gicle contre la pierre. Je ne ferme jamais la fenêtre. Autant mourir avant l’heure. Non. Laisser faire les éléments. Écouter le vacarme du port. Le vent terrible. La plainte des voiliers malmenés tirant sur les cordes pour se libérer, animaux attachés par le nez aux anneaux. Ici, là, les cornes de brume hurlent en vain.

La lumière se fraye un chemin au ras de l’eau. En bout de quai, des flaques d’huile moirées. Des lambeaux de ciel miroitent, pâles et gras. Hésitant, l’horizon sort de l’ombre, se déplie. Les îles lointaines pointent enfin sous un ciel plus clément. Les nuages, halo de joie, dessinent les parties d’un visage. Ainsi naît le sens dans les volutes, fragile destin de la vapeur, au-dessus de la houle bleu nuit, frangée de dentelle parfumée.

Texte et dessin (en cours, Musée des Augustins, tête, XVe s., Toulouse) ©JJM

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s