Les arbres nus

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Le nuage d’étourneaux hésite à se poser, s’étire et soudain compact et noir, repart dans l’autre sens vers d’autres arbres. Marcher devient pénible. Le sol est mou, se dilate et se contracte dans le même temps. Les voitures glissent sur la fange des eaux. Image d’un vertige reconduit. Les magasins arborent les couleurs vives d’une interminable chute vers le haut. Personne ne bronche, chacun vaque muet. Toutes les chutes, oui, sont élévation.

Peut-être mon esprit a-t-il raté une marche, une arche. Valse des os au plus profond. Alors, surgi du vide ainsi dessiné, du ciel, le vol forme une goutte d’eau, suivi de je ne sais quoi, un rien qui peine à se détacher des toits. Un rire des profondeurs, doux, mystérieux. Les oiseaux fondent sur les platanes du Canal. Les branches s’agitent, jacassent, criaillent, maculent le trottoir, les voitures.

Je me souviens d’une promenade en forêt, d’un voyage en train, du survol de l’Afrique. Les étourneaux tiennent conseil, partir, rester, non, partir. De l’arrivée à Tanger, des ronds dans l’eau. En quelques secondes, ils quittent la ville. À cause du vent d’est, implacable. Le vent marie l’Atlantique et la Méditerranée. Le détroit moutonne sous un ciel transparent. À la proue, les dauphins jouent dans les remous de l’étrave. Là-bas, une forêt d’eucalyptus, derrière la médina. Les étourneaux font exploser les arbres nus de l’hiver, retournés au silence.

texte et dessin ©JJM

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