Un Voile de Néroli

D’une nuit me reviennent la lumière finissante d’un port, l’odeur de sardines écrasées par les pneus d’une carriole, dans une nuée de mouches, des chiens flairant le sol jonché d’arêtes, d’écailles. Brouhaha de la foule, marchands de fèves, de pépites, cris du porteur d’eau, de citronade. Et la fumée des brochettes sur la terre cuite des kanouns, des piles d’assiettes fleuries, de kesras.

Tu marchais vers les terrasses bondées, longues tables tachées d’huile et de sucre, verres de café, de thé. Tout cela, et quoi d’autre. Ciel au badigeon rouge orangé, tes cheveux noirs, course d’enfants entre les bancs, et l’océan. Bateaux teuf-teuf, filets verts, bleus, étalés, enroulés, empilés. Ou bien l’ai-je inventée, cette nuit. La nuit je pars si loin, respire à pleins poumons l’air du large. Les embruns volent dans la chambre.

Assis sur un baulard, j’écoute, bois un vin fort, tu ris. Je sais, lieux communs, pâle exotisme, qu’importe. Des mots. Une radio à l’épaule crachote une complainte sur fond de oud. Cageots de sardines saupoudrés de glace. Je voudrais me perdre, ne reconnais pas la ville, elle s’efface. J’ai dû m’assoupir, le livre bâille. Persiste un voile de néroli. Pas sûr, il y a si longtemps. Les oranges ont séché, ou bien est-ce une nuit à venir.

©JJM

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