La Nuit est un Coquillage

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Incessant retour de la nuit. Elle s’ouvre plus ou moins. Fenêtre ou porte, au coin d’une rue, elle sculpte mains et visages, à l’ombre d’un regard. Le reste est bleu noir ou jaune. Les talons piquent le sol, vifs, mystérieux. Ils cousent la ville à la machine, rapiècent les vies. Les pensées volent, rejoignent la vapeur des platanes. Solitudes enlacées, rêves en marche, oui, à bientôt.

Dans le jardin, lutte infinie des insectes, des chats. Sous le palmier, la dentelle des spectres amoureux, mais le gravier de l’allée craque, retour de la nuit, fait s’envoler un merle gloussant. Il frôle les feuilles. Qui, pourquoi. Un chien malade, un maraudeur, non. La chaleur de l’été précoce dilate l’air des poumons, les nuages secs et les bulles à la surface du Canal. Le revoilà, il se pose sur le drap, bec à l’affût de tout, jaune citron. Quelle avidité, quelle leçon de vie, que cherche-t-il. 

Le temps tourne. Odeur de pluie, de tilleul, de terre. Un frisson court sur ta peau et l’univers en tremble. Chuchotis des galets aspirés par une eau invisible, vaguelettes nocturnes, qu’y a-t-il dessous. Je vois des yeux ronds, des laminaires, le reflet d’un port. Le merle s’enfuit en râlant et fonce dans un cyprès. À terre, un livre dans le halo du lampadaire de rue. La nuit est un coquillage, vaste et profond, tu sais, et sans le murmure de nos mains, fermé à jamais.

©JJM

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