La Peau

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La nuit parfois se lasse, semble renoncer au rien qu’elle malaxe des heures, de brûlantes gouttes d’un liquide auquel mon corps prête sa peau, sa chair triturée, ses os ramollis. Ses nerfs pendent au pied du lit, courent à terre, jusqu’à la fenêtre ou à son ombre, rectangle de lumière étalé sur la couverture, au bras lancé par le lampadaire qui dehors est glacé. Aucun insecte ne tourne. Le froid serre tout, les façades sont diaphanes, les cyprès craquent un peu. Les oiseaux enfoncés dans leurs plumes, dans leurs nids, tête enfouie, boules chaudes entourées de silence. Et dans la chambre, la nuit se lasse de tant d’abandon.

Je voudrais lui venir en aide, je me lève, allume en vain, paupières frangées d’aiguilles, j’éteins. C’est idiot, à quoi renoncer. À lutter, ouvrir, marcher. À écouter, parler, aimer. Tout cela, la nuit ne sait plus si elle en est capable. Pourtant, il suffirait d’un rien, alors allons-y pour un rien.

Je reviens toujours à l’idée d’un sourire, mais ce n’est pas rien, ou de la douceur, non plus. Je reviens, oh, à l’idée de l’enfant, j’en pleurerais de joie. Un rien parfois est si proche qu’on ne le voit pas. On ne bouge pas, c’est la nuit. On est là, les yeux ouverts. D’un coup, l’envie de courir, de sauter, de serrer dans ses bras une chaleur, de sentir le parfum d’une peau, oui. À cela  jamais la nuit ne pourra renoncer. On ne renonce pas au sang, au miel.

©JJM

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