Palmes tressées

J’ouvre la fenêtre, il fait si chaud. Je rembobine ma
vie, oh, imprégné de la douceur de tes bras de sable.

Je m’éloigne, inexorablement. Habillé d’un pagne
blanc, paysage africain. Larmes de nuages rouges,

grands acacias, baobabs, huttes de palmes tressées.
Oui, dans le grenier de mes tremblements enfantins.

19 07 17
Nuit, 25 05 16, 4h31. ©JJM

Nu (vis)age

Visage étonné, oh, qu’as-tu vu de si touchant. Est-ce
la colère du renoncement, est-ce l’acide des douceurs

cachées ou des joies étreintes. La bouche fermée, non,
as-tu peur. Non, c’est la stupéfaction devant l’absence.

La joie ouvre ta bouche, tout est fugace. Au fond de tes
yeux, l’océan à venir. Ce n’est rien. Oh, qu’as-tu donc vu.

17 07 17
Nuage, 27 04 17, 10h47. ©JJM

Inépuisable grâce

Inépuisable grâce, tu laves à grande eau la saleté du jour.
Le ventre noué j’ai ouvert la fenêtre, cyprès dans un vent

furieux. Oh, tornade en plein été. La tourterelle posée sur
une branche ne bouge pas. Buée d’un rêve, là, sur la vitre,

tu danses avec les arbres, tu chantes, je ne vois plus rien.
Joie de vivre, nourrie de beauté. Un visage sous la pluie.

16 07 17

Croire au soleil

Paysages brûlés, fleuves à sec, lits de pierres. Les bêtes
perdues s’enfuient, les montagnes blessent le ciel. Les

oiseaux cherchent où nicher, chanter. Parfum des arbres.
L’amour ne s’éteint pas, ou il n’est rien. Oh, quel mythe

sauvera les abeilles, les yeux. Belle illusion, la nudité.
Balayer les mots vides. Rire, croire au soleil, me taire.

14 07 17
Massif de la Clape, 10 05 17, 11h45. ©JJM

Voyage

Absence. Tourbillon des remous. Gros pneus malmenés
accrochés au ras de l’eau. Pensées errantes et bricolage

des entrailles triturées. La côte, une ligne bleue devinée
dans un halo de brume. Le soleil n’est pas loin. Pris de

vertige, j’ai appelé, appelé, et les oiseaux ont fui. Alors,
geste d’amour, j’ai rêvé d’un voyage impossible, encore.

13 07 17
Louvre, 13 02 17, 13h12. ©JJM

Refuge

Les mains cherchent à prendre appui, une caresse.
Y a-t-il un possible refuge, sinon là, dans tes yeux.

La consolation ne peut-elle venir que d’ailleurs, oh.
À la force des bras, ne pas couler, battre l’eau, loin

de la côte. Ne pas abandonner, voler. Oui, avancer,
accueillir une autre inquiétude, tu sais, inaccessible.

13 07 17
Toulouse, Ciel de Garonne
03 06 17, 17h42. ©JJM

L’origine

Pensées esquissées, parfums légers, voix intimes.
Fermer les yeux. Être la vision même, et rejoindre

Ce qui du temps muet a gardé la douceur. Quand,
Étonnés d’être là, oh, nous voyons nos mains créer

Une rencontre au destin si fragile. Là où se trouve
L’origine du frisson nocturne. Alors la vie s’éclaire.

12 07 17
Auguste Rodin, Mains d’Amants, 1904
08 06 17, 12h33. Grand Palais ©JJM

Alléger l’âme

Soupir d’une vague rejetée par la falaise. Elle
revient, revient encore, infatigable nuit d’été.

Le combat amoureux, de l’eau et de la roche.
Sur le sable, les rumeurs d’une ville antique.

L’image s’efface. Faut-il donc disparaître pour
alléger l’âme, oh, coque arrachée par le ressac.

11 07 17
Centre Michelet, Institut d’Art et d’Archéologie, Paris
11 06 17, 14h39. ©JJM

À l’ombre des colonnes

Peinture, musique, dessin vivant. Les mots sont perdus.
Le visage est effacé, la peau, une silhouette absente, oh,

la chair, évaporée. Dans la lumière du soir, le ciel est si
paisible. Mais tout fuit resurgit, je contemple un mirage.

Je te touche et te sculpte. En moi, jamais ta splendeur
ne disparaît. À l’ombre des colonnes, un merle chante.

10 07 17
Louvre, 12 02 17, 16h14. ©JJM