Plage du Nord

La fenêtre est là, qui donne sur la mer, et les vagues
portent si loin les cris des enfants, des cargos fous,

des mouettes alertées. Tes mains sont des papillons.
L’eau court sous nos pieds. Nous attendrons la nuit.

Les mots s’envoleront, et dans la chambre apaisée,
les astres obéiront au chant de nos pâles murmures.

16 06 17

Moment délicat du jour

Moment délicat du jour, l’existence draine en son flux
la chair vive, et je flotte, vaille que vaille, jetant l’ancre
ici là, accrochant l’essentiel, visage et chant. Mais que
vienne enfin la beauté, que vienne l’immuable oui, ou

le mouvement, la lumière, ne dis rien, dans la bouche
ce goût, cette langue, cette douceur, fidèle douceur,
lointaine douceur. Mais je n’ai plus de mots, ceux-ci
ne sont rien. Délicat moment du jour, oh, dans le flot

ininterrompu de l’affection, le corps est noué, il faut
flotter, il faut nager, allez, le reste n’est rien. Écouter
l’abeille sur la lavande, sentir la brûlure crue du soleil

passé, les martinets, le ciel. Attendre sans attendre.
Aimer la brise, passer de l’autre côté, la nuit, soudain.
La nuit, moment délicat, tout se joue, est joué, arrive.

13 06 17