Ombre lunaire

La beauté seule peut vaincre la tempête,
avant le froid silence, le reflux de colère,

non, de douleur, colère n’est rien, vaine
hémorragie de l’imagination. La douleur

se cache, timide, elle mue, noir papillon.
La beauté s’en empare, la fait virevolter,

oh, danser de douleur, dans le tourbillon
des petites feuilles rougies au couchant,

paysage de Chine peint par Li Yü, chant
d’une nuit de fête, tu sais, ombre lunaire.

13 12 16

Chants millénaires

Il n’y a rien au-dessus des arbres, rien, sinon
quelques cris égarés, dilués par l’hiver blanc.

Chaque branche, lancée plein ciel, est racine,
appel ou réponse, pleur aussi, et rire enfantin.

Les oiseaux le savent, qui se posent, élégants,
leurs plumes décorées de chants millénaires,

tandis que les troncs respirent. Alors je ferme
les yeux, visage collé à l’écorce rugueuse, oh,

et la chaleur, tu sais, descend jusqu’à moi, oui,
je n’ai plus qu’à me laisser vivre, apaisé et nu.

12 12 16

Demain, ailleurs

Épaisseur des murs, traces, chants du cosmos,
sentiments enfouis sous les décombres du ciel.

Lever les yeux, affronter l’histoire malaxée, oh,
te souviens-tu du sable pâle. Traînées d’algues,

coquillages écrasés par la houle, lame d’écume
tranchant dans le vif du vent. Marcher au bord

d’un mystère, rire avec les mouettes affamées,
tandis qu’aux fenêtres s’agitent les peintures

de demain et d’ailleurs, tu sais, quand le froid
pique les doigts. Au loin, un cargo vert pomme.

12 12 16

Le coquillage des rêves

Trouver refuge, illusion du jour naissant.
Se cacher dans l’arbre. Un long cri glacé

entaille l’écorce. Nul endroit où se blottir,
où que je sois, là, précédé par la mémoire

des fourmis, des étoiles. Sous le tulle noir
de la nuit, tout est retenu, chant lancinant

des amours effilochés. Nous dans un train,
à l’aube, au loin, oh, une plage pastel, est-ce

le bruissement du vent. Trouver refuge, oui,
dans les mots, consolation, joie, danse, vie,

dans le coquillage des rêves. L’arbre soutient
le ciel, le soleil est là, un oiseau s’époumone.

11 12 16

Tamtam du ciel

Messine, Tombouctou, oh, New York,
rappelle-toi, les rails battent le temps,

tamtam du ciel esquissé, je dessine
une carte, bout du doigt sur la buée

d’un matin à venir, j’irai, pulsation
de joie, Shanghaï, Rome, Tanger, oui,

mer et océan, Volubilis au loin, dans
le soleil ruisselant de nuit, s’aimer,

sur la colline, les palmiers géants
frissonnent, inquiétude des oiseaux.

10 12 16

Au fond de ma gorge

Jamais, d’un rêve, je n’ai su sortir
indemne. Traces de pas, reflets de

pupilles dilatées, voix chuchotées,
jeu de miroir. Alors le jour, hésitant,

fragile, naïf, étonné sous la voûte
plissée, oh, la Voie lactée fuyant

derrière les arbres et les fenêtres,
— le jour, oui, coule sur les murs,

et dans mon corps, au fond de ma
gorge, se noue, tu sais, une tragédie.

08 12 16

Au creux de tes mains

Se cacher, et se montrer, sans fard
ni fatuité, ni crainte de s’évanouir,

dilué dans un regard puits, tu sais,
un regard refuge, ouvert à toutes

les bourrasques, oh, caché, au creux
de tes mains, se découvrir, que faire,

danser sur tes paumes, respirer l’air
de ta peau, fermer les yeux, et voir.

05 12 16

Mots engloutis

J’ai, dans un rêve, avalé des mots,
d’où, je ne sais, et de qui, là furtif,

un regard fuit, des talons chantent sur
un pont florentin, des mots, engloutis.

Mon corps brûle, et de mes mains,
de mes cheveux, de mon ventre, oh,

des flammes éclairent le lit, les livres,
aussi douces que mots chuchotés, oui,

au creux du crâne, dans l’intime silence.
Fourbu, je respire un nuage de cendres.

03 12 16