Le volcan

I
Peut-être ne pourrai-je plus parler, peut-être n’ai-je
plus de mots, ou vains, creux. Les mots se cachent,
affolés fuient. Ne suis-je plus habité par rien, aspiré,
balayé. Entouré de formes évanescentes molles, moi

au milieu mais où, moi, beaucoup dire. Peut-être un
début, le début d’un début, esquisse, ébauche de quoi.
Je n’en vois pas le bout. Lourde pierre détachée, à-pic
fleuri, soleil de printemps, et je cours çà et là. Tout va

bien, agrippé au garde-corps, tout tient. Je suis, je dis,
même pas, ridicule et dérisoire adresse, face à qui, nul
appel, nulle réponse, nulle attente, ou attente absolue,

ni colère, ni noirceur facile, délaissement bricolé pour
masquer le volcan. Je suis là, ne suis pas là, plus là, je
suis là, regard brouillé dans l’attente du matin, du soir.

II
Du repas, du vin, de la rue, du fleuve, du bus, du métro,
de la porte, de la porte fermée et de la porte silencieuse,
du silence fermé, du soleil d’hiver, si beau, si fragile, si
timide, des ombres pâles, bleutées, toujours bleutées, de

ton visage évaporé, partout dilué dans le vent, les arbres,
dans les nuages, cueilli au vol par les fenêtres de la nuit.
Foulure du temps, il fait si froid. Corps disloqué, terrassé
par un vent vertical, sur le lit, caché, corps nu et invisible.

Anatomie du tonnerre souterrain. Le volet bat, les cyprès
bleus se regardent sans fin dans le cercle du lampadaire,
percent le ciel noir. N’ai-je plus rien à dire, ai-je perdu je

ne sais quoi, je sais, non. Personne ne sait, enfant gâché,
inconsolable. Alors tenir, résister, espérer, tout bascule.
Violence des larmes, confiance évanouie, que croire, oh.

III
Naïveté du oui, le non l’emporte, en soi et hors de soi.
Pourquoi lutter. Mais lutter, oui, encore, aimer, têtu, le
dire, le taire, le dire. Avoir le courage, la lassitude niée.
Le merle file en râlant au cœur du figuier squelettique,

patient. Reconnaître ce vide, ce piège, fiel de l’attente,
joie recouverte d’algues décomposées, de crabes secs,
d’écume huileuse venue de l’horizon, du fond des yeux,
du fond de la bouche, du ventre. Sous les paupières, là,

tout entier. Possibilité d’être, nue, liberté avide et secret
mal gardé, sens à vif, vivant espoir d’un ailleurs contenu.
Peut-être ne pourrai-je plus parler, verrouillé du dedans,

du dehors, coincé, tenace. Le vent siffle glacé, revigorant,
dans une invisible faille. Une mélodie suffit à réchauffer,
dessiner mille courses folles, la vie sur une plage déserte.

08 09 16. Inachevé 131

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s