Une langue inconnue

I
Le soleil, impuissant, ne peut empêcher l’ombre
de danser. Le jour, il a beau jeu de la raccourcir,
de l’allonger, d’à midi la gommer. Fadaises que
tout cela. Ce n’est encore pas ombre. La nuit, là,

soleil parti vers les Amériques, ici, l’ombre luit.
Arrachée, non sans mal, aux tentacules de l’ego,
elle rejoint la sombre dentelle des grands pins et,
terrasse caressée par un vent de mer, le dialogue

échappe aux dieux, aveuglés de lucidité. La nuit
est un musée. J’y traverse des couloirs, longe des
galeries de masques, ébloui. J’ai des rendez-vous

secrets, pour moi aussi, et je m’adresse à toi dans
une langue oubliée au réveil. Je me vois marchant,
sans savoir ni où, ni quand, j’arrêterai d’ainsi errer.

II
Je ne suis maître de rien, l’ombre, les masques, non
les visages, car ce sont bien des visages que je vois,
transpercent mes yeux, que dire. Les voix chantent,
dans les couloirs de la nuit, s’enlacent, du Gesualdo.

Le matin, je m’accroche au soleil renaissant, je lui
parle, face à la mer, aux rochers impassibles, si tu
voyais. C’est beau, l’écume éclate dans la lumière,
oh, du sel plein les yeux. Langue inconnue. Je crie

parfois. Comme si dans les rêves c’était utile, non,
rien n’y fait. Une série de questions sans réponses.
C’est bien moi. Et les ombres bougent, dansent, oh.

Elles jouent, amples drapés, de petites tragédies. Le
jour, silence, hélas. Ombres cachées, le soleil fait un
feu de joie. Au fond des yeux, les braises de la nuit.

11 08 16. Inachevé 107

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s