L’ombre du parasol

I
L’eau de mer est si lumineuse, à fleur de surface,
les mains font valser des gouttes de joie, les yeux
se frayent un chemin parmi les cils, visage dilué
dans la magnificence d’un chagrin immémorial.

Alors, dans l’imminence du débord, il faut frotter
le visage, le tenir à deux mains. Frotter, comme le
pont d’un cargo marqué par les intempéries, mais
doucement, de la pulpe des doigts. Sinon le sel de

la houle le ronge et le tue. Eau saturée d’émotions
sabordées, voiles détachées chahutées par le vent.
Cela s’impose, on ne pense pas, inutile, on fléchit,

à peine. Sinon il tombe, écrasé, je ne sais, et fripé,
un désert de dunes en bord de mer, ornées d’oyats.
Plissé, fourbu, étalé sous la peau, visage tapi. Oh.

II
Sur les rochers, le parasol rayé blanc vert, coincé
dans une fêlure du temps. Ruisselant se blottir, là,
et grelotter sous un soleil de gloire, emporté, loin.
Toujours la peau frissonne, accueille les embruns,

tempête ou mer d’huile, gros grain ou calme plat.
Dedans, le temps est différent, palimpseste effacé.
Secousses, séismes de joie, de rires. Cris, silence.
Puis c’est l’abîme. Vide sans écho, mots pris dans

les remous, aspirés vers le fond, le visage décollé.
Alors frotter, oh oui, que c’est bien, voilà, encore.
Soigner le visage en loques, mains chaudes, allez.

L’empêcher de se craqueler, de s’effondrer. Sinon,
il n’est plus que ruines de souvenirs. S’y engouffre
le monde, et le monde n’aime pas les ruines, non.

III
Roche bigarrée, coquillages, terre rouge et galets.
Les vagues déferlent mollement, envahissent des
trous, auréolées d’écume. Elles usent et creusent.
Bouche, nez, oreilles, les yeux aussi. Antiques et

souterraines blessures. Le masque est troué, tout
entre et sort, les mots, les corps, et il faut se tenir
au bord, prêt à tout, dans un jeu de fenêtres et de
portes. Un peu dehors, un peu dedans, parfois ça

déborde, malheur. Il faut alors protéger le visage.
Dedans, dessous, expulsé, hagard et perdu, tu sais.
Se recueillir et frotter des deux mains. Les mains,

le visage, le soleil, les rochers, la mer, c’est la vie.
Une épaule et se poser, consolé de tout, de soi, oh.
L’ombre du parasol est douce, le visage est sauvé.

09 08 16. Inachevé 105

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