Petit matin

I
Petit matin, sur la terrasse, le vent de mer est chargé
de nuit, de voyages. Images d’un ciel naissant. Face
à l’immensité de tout, les mots sont pauvres, tu sais.
Un étau de beauté, le dire ne sert de rien. Oh, faut-il

renoncer aussi à cela, qui s’empare du corps, afflue
à la gorge, veut sortir, ébrécher le temps, oui, lèvres
dans l’attente de sons modulés. Les mots sortent du
cou, une fois corps envahi repu. Trop-plein de sens.

L’air passe, fait vibrer les cordes, et là débrouille-toi.
On improvise, liberté, dans le brouillard, une bouche.
Attrape au vol un thème, voilà. La langue part du cou,

accrochée, prête à lécher, à s’agiter, docile, si je veux.
Les mains papillonnent, parlent, tout le corps. En face
pareil, un cou, des cordes, dessus et dessous ça gigote.

II
Tout part du cou, comme pigeon jailli d’un grand pin
devant moi. La mer est bleu pâle et le ciel s’éclaircit.
Tout passe par le cou, tout retourne au cou. Les mots
refoulés, jetés, au fond de quoi. Au niveau des lèvres,

des dents, ils glissent vers la gorge et sont engloutis,
oubliés. Au loin, une minuscule voile blanche, seule.
Les mots aussi, minuscules, seuls, en attente de soi.
Ce corps, ces mots, allez, maître à bord, voile seule.

Rien ne s’oublie, dit-on, corps encombré. En excès,
toujours en excès, retenir, non, je te parle. C’est ça.
Un mal fou. Le vent ne parvient pas à rider l’eau, il

est doux, le temps est doux. La terrasse est baignée
d’une lumière italienne, dorée, tu vois, ocre et rose.
Les oiseaux doivent se demander ce que je fais, là.

III
Alors je tousse, ou flambe une céphalée, ou le ventre
se crispe, c’est fichu. J’ai du mal à déglutir parfois, oh.
Certains mots sont coincés. Un chien se met à aboyer,
loin. La voile a fait deux centimètres, d’ici. En travers

ou collés à la paroi, paroi de, du ventre, des poumons,
du cœur, il bat fort, je vais parler, mon dieu. J’ai beau
scruter la glace de la salle de bains, rien. J’avale, et ça
bouge même quand je n’avale pas. Je suis fou. Ce sont

des mots entendus, échoués là et dans l’attente de quoi,
de rien. J’essaie. Je digère mal et tire sur la peau, palpe,
la pomme, les anneaux de la trachée. Le cou, territoire,

monde. Le monde s’étale sur l’eau, avec le ciel, le cap,
le port, et la terrasse surplombe tout et je veux te parler.
Le cou, bel animal. Il se nourrit de tout, air, eau, amour.

08 08 16. Inachevé 104

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