L’ombre du temps

I
Des coulisses à la lumière, l’aventure, la seule.
Nul ne maîtrise le passage. Corps jeté en scène,
il roule sous le feu, la pluie et le silence. Un cri.
Les mots sortent de l’obscurité et cachent le cri.

Ils sont le lieu clos. Tout commence là. Devant
un mur à traverser, et nul retour. Ne rien laisser
derrière, et il n’y a rien. Oublier l’avant incolore.
Le dire l’annule, le renvoie à l’épaisseur de son

absence. Alors passer, entrer dans la lumière et
le jeu des ombres. Autres murs, passages, après.
Les mots le disent, paradis perdu. Les tragédies

sont un combat vital, et un amour des coulisses,
de la rampe. Cette traversée hésitante, merveille.
Être en scène, tu sais, où les regards se croisent.

II
Passer sa vie à bégayer dans la tristesse et la joie
d’être. Adorer des ombres, impalpables, lascives.
Elles séduisent, elles effraient. Ici là, figé, peindre
une image du vent, du ciel rayé, d’un beau visage.

S’y enfouir pour toujours. Fermer, ouvrir les yeux.
Et qu’enfin palpite la nuit étoilée, la lune nouvelle,
ombre du soleil enfui, tapi derrière le lourd rideau
de poussière rouge. Ne pas pleurer, sous la pluie,

attendre. Le visage s’est réfugié dans son ombre,
là, caché à lui-même. Jamais l’ombre ne disparaît
à midi, elle tombe au cœur d’elle-même et attend.

Chercher encore, traverser à nouveau. Mur troué
par la meurtrière du jour. Jeu de lumière, les rues
enserrent un soleil prometteur. Les êtres glissent.

III
L’ombre enveloppe une lumière timide, hésitante,
nourrie de brume, d’offrande secrète et de silence.
Sans elle le soleil brûle tout, les yeux, la peau nue.
L’ombre flotte, déchirée, bouts de rideau arraché,

lambeaux d’avant, tissée de rêves, d’espoirs vains.
Le rêve est un écho de l’avenir abyssal, du vertige
de l’origine, une ombre du temps, faite de velours.
Enrober le corps, le protéger, le déguiser, l’aimer.

Tomber de l’autre côté du mur, naître. Et regarder,
sentir, toucher, crier et rire. Puis retourner dans le
brouhaha du décor. Chercher ici là les accessoires.

Se cacher, un peu. Reprendre son souffle, tempes
battantes, torrent de sang, d’émotions. Des lèvres
s’envolent des mots doux. Se blottir. Se consoler.

04 08 16. Inachevé 98

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