L’écho

I
De l’image, le gouffre. Ce qui est vu n’est pas ici,
ni ailleurs. La peinture ne reflète pas. Elle scrute.
Elle fait jaillir, dans la clôture d’un espace-corps,
tissé de profondeur, cet arbre, ce ciel, cet oiseau.

Elle s’enfonce si profond, inépuisable suggestion
de ce qui n’est jamais là. Et sa source est la mort,
pressentie en toute chose, la perte et l’imminence
de la vie, qu’il faut sauver, à quel prix. Couleurs

volées, mélangées, étalées là, sous nos yeux. Et la
mise en scène est à fleur de peau. Son absence est
un leurre. C’est notre assise, faille infranchissable,

et nous-mêmes sommes découpés, et recomposés.
Un fil coud les visages tranchés, et l’aiguille perce
la peau. Elle est le fil, tu sais, l’aiguille et la peau.

II
Nul n’y échappe, charme ou répulsion. Ne se fier à
rien, à personne. Laisser dire. N’être aucun de ceux
qui sont vus, et tous. Simple écho dans une pupille,
face à soi, ou en face, insondable. Dire, tu es belle,

oh, oui. Admirer, la souplesse des lignes, l’invisible
unité. Dire, les yeux dans les yeux, dedans, oh oui.
Parler en son nom, présent, présence, insaisissable
offrande qui enveloppe tout, recueille secrètement

l’imminence d’un corps. L’imminence de mon corps,
où résonnent mes pas, tu sais, ma timidité, ma force.
Et le soir, n’avoir peur de rien, pleurer, rire, attendre.

Nous sommes là, sans savoir qui, collé à soi, offrant
ce qui vient, à jamais incomplet, inachevé, mouvant.
La peinture le sait, qui offre l’absence, tu sais, la vie.

01 08 16. Inachevé 94

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