Le trésor

I
À la nuit tombée, le moment est venu de s’éloigner,
dans l’éparpillement des insectes gris. Ils dessinent
une auréole dorée, lampe-tempête de mes rêves, se
collent au verre du lampadaire, rue déserte. Partir.

Toujours revient cet appel du lointain, embarquer.
Tout laisser. Oh, mais tu ne laisses rien, tout est là.
L’exil est pire que tout, le voyage est autre, tu sais.
S’éloigner, est-ce porter en soi le lointain, oui, cela.

Est-ce une façon de n’être nulle part, et sans limite
de temps, être le temps, se laisser vivre, s’éloigner
d’ici, là, toujours ailleurs, mais ne pas y tenir, non,

avec un impérieux désir de liberté. Pour rejoindre
les petits animaux. Ils ont des couleurs, des formes
que tu ne vois pas, d’ici. Partir, et apprendre à voir.

II
Frémissement de l’herbe au petit matin, imprégnée de
rosée. Il cache les aventures, les combats, les amours
silencieux. Tu n’y arrives pas. Pourtant, il le faut bien.
Quoi. Oh, faut-il que les joies enfuies n’exhalent plus

leur parfum. Elles sont là, dans ce jardin, dans la rue,
dans les platanes du Canal, dans l’eau calme, regarde.
Le réel est un coffre vide, tu voudrais le vider un peu
plus. Tête retournée d’un poulpe sur le rocher, qui vit

encore, toujours recrache l’encre, lance ses tentacules
nacrés vers l’immensité bleue. Tu le mets à l’eau et il
pousse un cri noir enveloppé d’un nuage de Chine, au

creux d’un rocher chapeauté d’anémones lascives. Oh,
à quoi servirait-il de tenir le coffre ouvert à tout vent,
sans trésor à cacher. S’éloigner, suivre le poulpe, rire.

III
Pauvreté de l’imagination, sécheresse froide des faits,
ne sont rien sans rêves, ni rires partagés. Les vertiges
du corps, la douceur des mains, les mots oiseaux. Oh,
tu idéalises et voles et vas tomber. Là, tu verras. Quoi.

La réalité est plate, invisible sole enfouie dans le sable.
À peine si on devine un œil, un reflet de vie, la bouche
tète pour respirer. Je veux bouger. Et boire toute l’eau,
et nager à ma guise à l’abri des tridents. Je veux goûter

la houle en souriant. Tant pis pour les rochers. Je m’y
colle. Je suis l’ami des oursins, des patelles. Ni caché,
ni inquiet, tu sais. J’aime aimer, c’est tout. Et une fois

collé, tant pis, tout arracher, le lointain est au fond du
coffre. Les insectes gris rappellent les petites crevettes
qui tètent les chevilles, au bord de l’océan. S’éloigner.

31 07 16. Inachevé 90

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s