Un parfum de beauté

I
Oh, cet entre-deux du chien et du loup, hésitation
des ombres, voiles traversées de vents contraires,
dans l’engloutissement d’un soleil fourbu, disparu
à l’autre bout du ciel abrasé. Oh, la mer s’absente.

Huîtres, patelles et coques ferment leurs temples.
Les rues sont plus étroites, les cœurs battent, oui.
Résister, à quoi. Pourquoi. L’entre-deux, prélude
au terme absolu, nécessité d’écarquiller les yeux

pour s’orienter, viser l’unique étoile. Nier la chute
au puits sec, le bruit mat du crâne sur le sable d’or.
Tombe d’un jour éreinté entraînant avec lui la nuit.

Robe noire, pâleur d’une lune gibeuse. Et le rivage
s’estompe. Les cimes des pins, diluées dans l’encre
céleste, flottent. Tant d’énigmes encore, irrésolues.

II
En montagne, nuages collés, bêtes à l’abri, serrées
sur une paille pisseuse. Le monde marmonne dans
les cyprès, sur les murs. Moment délicat, tu sais, où
les rideaux s’écartent. On est au milieu de rien, nus

comme alexandrins de papier. La scène est vide, et
le décor figé. Personne, les masques gisent à terre.
Malades, lèvres serrées, yeux perdus. Oh, demain.
Que sera la nuit. Vite, lumière partout. Les lampes

clignotent, lucioles de rue. Timide, il y a je ne sais
quoi de parfumé. La découpe des toits en plein ciel
s’orne de guirlandes fines, et les fenêtres s’égayent.

Mutation de l’entre-deux. Pas joyeux, sur le trottoir,
des voix fraîches s’appellent. C’est délicat, profond.
Dans le sillage des êtres, oui, un parfum de beauté.

III
Les mots fusent en tout sens. En coulisse on s’agite,
scène et salle se confondent, les acteurs sont partout.
Le texte est infini, mais le temps est compté. Amour.
Phèdre va parler. Hamlet est-il fou. Oh, Lucia meurt.

Un rideau de sang sépare le jour et la nuit, après un
combat inégal, une joute tragique, béance du destin.
Tout est possible, alors. La minute à venir ouvre sur
la douceur des corps abandonnés mais libres. Force.

Le drapé des costumes oriente les regards, les mains
se tendent enfin, les paroles sonnent, et l’entre-deux
délivre une part secrète. La malédiction est un leurre.

Le voyage est imminent. La mer est là, qui attend et
miroite pour qui ne ferme pas les yeux. Du profond,
jaillit, volcanique, le désir de beauté. De ton visage.

28 07 16. Inachevé 83

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