Joie cachée

I
La joie cachée rappelle ces animaux, si petits,
de la taille d’un ongle, d’une paume. Rainettes
aux yeux rouges fendus, dans les hautes herbes
d’un étang. Mulot curieux dont le museau flaire

tout, grain, bouton d’or, brise matinale. Oh, joie
furtive en lisière des draps frais, ta main timide,
un pied furète. Hanneton des roses, sa nymphe
confond l’art de momies égyptiennes. Scarabée

noir, figé, mimant si bien la mort, oui, disparu
en un clin d’œil, sous une pierre plate. Grillon,
fouisseur enfui dans sa galerie, l’antenne agile.

Épaule découverte, nuque abandonnée, oreiller
fleuri. Joie silencieuse du matin alors que flotte,
de la nuit, le voile des blés piqué de coquelicots.

II
Voile des caresses, dans le halo du volet, soufflé
par un soleil lointain, des nuages striés. Oiseaux.
Fines et fuyantes présences, fragiles sur l’humus,
dont on devine à peine la course folle, un souffle

sur les feuilles tombées, en forêt, dans le jardin.
Joie muette, si légère, balbutiement d’un mythe,
née d’un rien. Paupière étonnée, oreille dessinée.
Les lèvres endormies et les cheveux abandonnés.

Vie fugace qui embaume l’instant, interstice où
se glisse l’avenir, où rien encore ne peut se lire.
Il suffit d’ouvrir les yeux, d’attendre, de laisser

venir la joie cachée dans le fouillis des rêves, le
cœur battant. Elle surgit, ici, là. La cueillir, nue,
tu sais, sur le fil du temps, et se mettre à danser.

27 07 16. Inachevé 81

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s