Le torrent des nuits (Caïn)

I
Qu’on me laisse ainsi fait, tout au fond du fossé
où je me suis jeté. Cela n’est qu’illusion, éclats,
échos. Ce remuement de mer qui dans mes yeux
explose, fait trembler les cordages. Une barque,

bricolée, à peine flotte-t-elle. Qu’on me laisse,
et sans rire, je dis n’avoir jamais aimé, oh non,
jamais appris, non, ayant comme chacun, dans
mes poches, les copeaux d’une histoire, par le

soleil brûlée, la peau calcinée au feu des mots,
définitifs et sourds, ces coups portés au ventre
et à la tête. Qu’on me laisse ne plus croire, car

seul j’en suis la cause, et cela jusqu’au bout, oui.
Comment ai-je pu penser que cela brillerait, oh,
naïve tragédie de bazar, engouffré dans le noir.

II
Sans rien d’autre qu’une étoile en carton, peinte
à la va-vite, sur les murs de mes petits voyages,
je n’ai pas su, oh, de chagrins faire un rempart,
un bouclier, croyant qu’il suffirait d’accueillir,

d’ouvrir sur ce vide où je vis. Je n’ai su, mais le
jure, je n’ai voulu de mal à personne. Il ne suffit
pas de le dire, il faut n’avoir pas peur d’aimer et
d’être aimé, seule affaire, face au vent contraire.

Je n’ai su qu’être étonné, de voir la lumière, sans
comprendre qu’il n’y a rien d’autre que tendresse
gâchée, parce qu’un enfant s’est tu. Allons, cesse

d’ainsi tourner les yeux vers le torrent des nuits.
Vois ces regards, ces visages ouverts sur d’autres
mondes. L’enfant espère encore, trépigne de joie.

26 07 16. Inachevé 79

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