Le silence des abeilles

I
Dans l’ombre des papillons en feu s’égayant, un
semis d’affolement. De petits masques en papier
velours, ouverts, fermés, des loups. Là, les becs
perchés dans la forêt, prêts à fondre sur les halos

de peur, brindilles palpitantes gavées de suc, dans
la prairie où ruminent les cornes. Et le silence des
abeilles, des bourdons, est roi, dans l’attente d’un
drame, vitale inquiétude que la vipère avale et fait

glisser dans le fourreau d’écailles. Quelle trahison,
quel massacre annoncé. Toujours le bal précède les
combats. Oh, un geste, une dague, une cape serrée,

le cheval au galop fend les ronces. La puissance du
jeu fait oublier l’amour, batailler et pourfendre, ivre
de fable rouge. Coup de théâtre, cœur des digitales.

II
Le poison d’un pistil, une idylle secrète. La reine
traverse la scène. Fière, elle toise la lumière, son
ombre cache les fleurs. Mais non, les arbres font
signe au vent. Arrêter le combat, parfumer le ciel.

Le cœur calme, pur, sur le chemin. L’abîme d’un
visage, illuminé de joie tue, s’ouvre, dans un cri
infini. Victoire. Le cheval s’envole, rejoint un pic
glacé, dans la senteur des pétales clairsemés, les

échos d’ailes, en étoile, des papillons apprivoisés,
dans la main de l’amant. Regards des combattants
jetés au temps acide, le sang est offert au carnage

dont les mythes s’enivrent. La naïveté des voyages
fabuleux, des rivages inconnus. Un enfant étonné,
immobile, dans un pré, et son vélo brille au soleil.

26 07 16. Inachevé 80

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