Le cou

Chacun sait d’où viennent les mots, du cou.
L’air passe, fait vibrer les cordes, et là,
débrouille-toi. On improvise tout le temps,
souvent dans le brouillard. Attrape au vol

un thème et voilà. La langue part du cou,
bien accrochée, un cobra sorti du panier.
La flûte joue une mélopée aigrelette douce,

les mains papillonnent. En face pareil, un cou,
des cordes, au dessus, au dessous, ça gigote.
En réalité, tout part du cou, tout passe par
le cou, tout retourne au cou. Les mots

refoulés, au niveau des lèvres, des dents,
glissent sur le palais, repartent dans le noir,
oubliés. Ils sont toujours là, corps encombré.
Alors on tousse, ou flambe une céphalée,

ou bien le ventre est crispé, oh, c’est foutu.
J’ai du mal à avaler, tu sais, parfois, enfin.
Certains mots sont coincés, en travers, ou
collés à la paroi, paroi de quoi, j’ai beau

regarder dans la glace de la salle de bains,
rien. J’avale, ça bouge, même quand je
n’avale pas. Ce sont des mots entendus,
échoués là, dans l’attente de quoi,

de rien. J’essaie, je digère mal et tire sur
la peau, je palpe, la pomme, les anneaux
de la trachée. Le cou, un territoire, un monde.
Un animal. Mais un baiser dans le cou, tu sais.

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