Dans l’urgence du débord

Dans l’urgence du débord, il faut frotter.
Le visage, le tenir, le frotter doucement.
Comme le pont d’un bateau blanc de sel,
mais doucement, de la pulpe des doigts.

Sinon le sel venu du fond le ronge, le tue.
L’eau salée des sentiments bafoués, crus.
Cela s’impose, on ne réfléchit pas, inutile.
On fléchit, à peine. Sinon il tombe, écrasé.

Je ne sais pas. Il est fripé, désert de dunes.
Enfin, cela, avant. Quand il est tout plissé,
on ne pense pas encore à le frotter, étonné.
Là, étalé sous la peau, visage dedans, tapi.

Toujours. La peau frissonne. Elle tremble,
essaie de suivre le temps, les bourrasques.
Mais dedans, le temps n’est pas le même.
Plutôt des secousses, des séismes, de joie

puis c’est l’abîme. Vide sans écho des mots.
Alors frotter, oh oui, ça fait du bien, voilà.
Retenir le visage en loques, mains chaudes,
l’empêcher de se craqueler, de s’effondrer.

Sinon, il n’est plus que souvenirs de ruines.
Et il y a les trous. S’y engouffre le monde.
La bouche, le nez, les oreilles et les yeux
sont d’antiques et souterraines blessures.

Le masque est troué, on se tient au bord.
Un peu dehors, un peu dedans, parfois ça
déborde, c’est cela. Il faut alors le frotter.
On est dedans, dessous, oui, mais expulsé.

Alors c’est simple, se recueillir, en frottant
des deux mains. Les mains, c’est la vie. Oui,
une épaule, se poser, dehors, étant dedans.
Mais les mains, tu sais, sauvent un visage.

06 06 16. Inachevé 13

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