Les lèvres parlent

Il arrive que la pluie se moque des toits.
Des fenêtres fermées. Elle pénètre tout.
Aussi des paupières blessées, gonflées.
Le reste n’est que dévastation et ruines.

L’oubli résiste à tout, sauf à lui-même.
Se rappelant son impéritie, lui, le vide.
Sa faiblesse, fleuve sec hors de son lit.
Chute incessante et vertigineuse du ciel.

Au fond de l’eau, des bêtes venues d’où.
Une goutte suffit, elles pullulent, jouent.
Caméra au fond de l’œil, attendre, viser,
et l’eau pénètre, la matière brute s’effrite.

L’eau la soumet à sa transparence bleue.
Les scènes se succèdent au rythme d’un
invisible torrent, images pâles, décollées.
Une bouche parle, je l’entends, je la vois.

Il faut lire sur les lèvres. Les lèvres. Oh,
je les touche. Il y a des rues, une chambre,
des verres, des livres lus, un corps allongé.
Je suis arrivé trop tard. J’ai couru en vain.

Je n’ai pas vu le début. L’origine, c’est ça.
Je ne connais pas le titre. En boucle, la fin.
L’eau coule sur l’écran, sur la bouche aussi.
Les yeux piquent, rougis par la nuit folle.

Une voix noyée, une guitare. Elle fredonne.
Le son craque, s’éloigne, l’eau a tout balayé.
Je suis arrivé trop tard, mais je l’ai entendue.
Je sors, l’oubli ne peut rien, les lèvres parlent.

04 05 16. Inachevé 10

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