Mots inaudibles

Parfois, on dirait que je pars, mais non.
Peut-être dans un visage étouffé, un geste
de repli, mais l’autre partie du corps dément.
En moi, tout se tord, se vrille, je pars ne pars

pas, reviens dès le départ, pour cela, revenir.
Je me laisse prendre à ce qui n’est jeu qu’au
dehors, cruel jeu d’ombres contradictoires.
De Chirico s’en est amusé, de cette beauté

métaphysique des fumées, des drapeaux,
des silhouettes penchées vers un destin
déjà lointain, à venir. Impossible passage
où tout est si calme, places, monuments,

statues érigées de toute éternité, je suis là.
L’être est rusé, je tombe dans le piège de
l’infini des retours annoncés, repoussés,
piétinement, troupeau dévalant une pente

qui bute contre mon crâne, le franchit et
fait trembler le corps entêté, prêt à tout,
sur le départ, sur le retour. Pris au piège,
je me débats en vain, sans fin. Je le dis,

quitter m’est impossible, autant m’arracher
les ailes à vif. Je ne sais pas abandonner,
je n’abandonne jamais, jamais. Même pas.
Ça n’abandonne pas. En moi, qui n’est rien,

enfin si peu. Une fois là, ça me tient au cou.
Il faudrait je ne sais quoi. C’est si beau, oui,
d’aimer, puisque c’est cela, si fort, brûlant.
Un crochet, tirer fort, arracher, s’acharner.

Et encore. Ça vient de si loin, de si profond.
Du fond du fond du corps, de l’âme, pareil,
je ne sais pas, des yeux avides. Un long appel,
mais d’où vient-il, de la vie, immuable, joyeux.

Dedans depuis je ne sais quand, je fouille en
pleurant, parfois, parfois je laisse se défaire.
Là, avant le temps déroulé, le moindre lieu,
il n’y a pas de mots, c’est idiot de buter ainsi.

Une absence irrémissible, voilà. La rémission
c’est la mort, abandonner, c’est mourir à soi.
Tuer l’autre de l’être, je ne sais plus ce que
je dis, ça parle. Alors, chemin semé de regards,

de rires fous, de mains furtives, de mots légers,
murmurés à l’oreille, pour personne, en l’air,
a peine dits, ils se posent sur la peau, à nu, tu
vois, du bout des lèvres, des mots inaudibles.

La beauté ne se dit pas, elle est là, évidente.
L’abandonner, aux ronces ou aux corbeaux,
aux orages, non, non. Tant pis, je vis sans,
mais avec. Même quand je pars, il est là.

02 06 16. Inachevé 6

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