Qu’on me laisse ainsi fait

Qu’on me laisse ainsi fait,
tout au fond du fossé
où je me suis jeté, cela
n’est qu’illusion, ces éclats,
ces échos, ce remuement de mer

qui dans mes yeux chavire,
fait chanter les cordages
d’une barque bricolée,
c’est à peine si elle flotte,
qu’on me laisse, et sans rire,

je dis n’avoir jamais aimé, ou su,
jamais appris, n’ayant comme chacun,
dans mes poches, que les copeaux
d’une histoire que le soleil consume,
peau noircie par les mots,

définitifs et sourds, ces coups
portés au ventre et à la tête,
qu’on me laisse ne plus croire,
car seul j’en suis la cause, et cela
jusqu’au bout, comment ai-je

pu penser que cela brillerait,
quelle naïve tragédie de bazar,
s’engouffrer dans le noir,
sans rien d’autre qu’une étoile
en carton, peinte à la va-vite

sur le mur de mes petits voyages,
je n’ai pas su, voilà, de chagrins
faire un rempart, un bouclier,
croyant qu’il suffirait d’accueillir,
d’ouvrir sur ce vide où je vis,

je n’ai pas su, pourtant le jure,
je n’ai voulu de mal à personne,
cela ne suffit pas, encore faut-il
n’avoir pas peur, d’aimer ou d’être
aimé, seule affaire, face au vent

je n’ai su qu’être étonné, de voir
la lumière, sans comprendre
qu’il n’y a rien d’autre, rien,
sinon cette tendresse gâchée,
parce qu’un enfant s’est tu.

31 05 16. Inachevé 2

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