L’arbre à papillons

L’arbre à papillons du jardin n’arrête pas.
Ses branches caressées par la brise, on
dirait une robe séchant sur un fil de soie.
Assailli de toute part, dès le petit matin,

et à l’heure chaude. Grappes violettes,
innocentes. Le laurier s’évertue en vain.
Est-ce le fuschia, le parfum, ou Pessoa.
Le palmier, lui, réfléchit sous son ombre.

En son cœur, le puits infini de l’histoire.
Alors, toutes ces ailes, ces pattes graciles,
ou les trompes avides, ne le touchent pas.
Piéride ou citron, demi-deuil ou sylvain,

qu’importe. La brise choisit les couleurs.
La torpeur étale un épais silence de suc
sur les façades éclatantes de l’immeuble,
d’une blancheur inutile. La vie est ailleurs,

tout aussi inutile, mais tenace et si têtue.
Sous ces ailes fragiles qu’un rien pourrait
faire voltiger, et tout et tout, j’en étais là, à
rêvasser, dans un magma d’émotions, de

souvenirs, de sensations, d’idées molles,
sans liens. C’est faux. Ils sont tu, inouis.
L’arbre à papillons bouge ses branches,
comme ces vendeurs de glaces chantent

pour attirer les enfants, dans le brouhaha
d’une plage de galets, des parasols rayés.
Nous plongeons, et, à l’abri des regards,
nos rires se mêlent aux éclats de la mer.

Les visages ruissellent de soleil, de joie,
hésitent entre horizon et rivage brûlant.
Il fait encore trop chaud pour les merles.
Les papillons sont intranquilles, heureux.

17 05 16. Épiphanies 98

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