Brume du matin

La table de la cuisine est froide. Là-bas,
les vagues submergent la jetée. La fenêtre
bat sous la mitraille des embruns. On n’est
pas obligé de passer la nuit en mer, pour

être enveloppé du parfum des hauts fonds.
Le bol fumant joue les caboteurs. Brume de
café. Je devine une côte, noire, mystérieuse.
La roche affleure, auréolée d’écume déchirée.

Il suffit de plonger pour ressentir la fragilité
de la vie. Le pain grillé a le goût du désert.
Sous un implacable trou de feu, l’eau gicle,
éclate contre les rochers. Je ne ferme jamais

la fenêtre. Autant mourir avant l’heure. Non.
Laisser faire les éléments. Écouter le vacarme
du port. Le vent terrible. La plainte des bateaux
malmenés, tirant sur les cordes pour s’échapper,

des animaux attachés par le nez aux anneaux.
Ici, là, des cornes enrouées appellent en vain.
La lumière se fraye un chemin au ras de l’eau.
En bout de quai, des flaques d’huile moirées.

Des lambeaux de ciel miroitent, pâles et gras.
Hésitant, l’horizon sort de l’ombre, se déplie.
Les îles lointaines pointent enfin sous un ciel
clément. Les nuages, halo de joie, dessinent

les parties disloquées d’un visage merveilleux.
Ainsi naît le sens, dans les volutes dissoutes,
le fragile destin de la vapeur, au-dessus de la
houle bleu nuit, frangée de dentelle acérée.

06 05 16. Épiphanies 90

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s