La boussole des rêves

Il en est de certaines blessures, comme de
coquillages abandonnés sur lesquels le pied
se crispe, piqué par la nacre, coiffés d’algues,
envahis par le sable au fil des millénaires.

De paysages de mer sous un ciel de plâtre,
rayé de cris, mouettes et goélands de stuc,
l’eau clapotant sur de longues feuilles de
roche grise et rugueuse, surgies du néant.

De ces chants d’oiseaux enflammés, en plein
désert, lorsque le vent s’attaque aux chicots
de montagnes salées, rongées par l’espoir,
sous le regard de chèvres mastiquant à vide.

Du ballet de ces boules d’acacias déracinés,
rougies de latérite arrachée aux cases vides,
tandis que les cochons noirs se délectent de
papier gras, restes de repas d’un autre âge.

De l’aboiement d’un chien qui mordrait l’air
de faim, flairant de loin une guerre absolue,
tandis que papillons, abeilles, avides de suc,
s’agglutinent autour des fleurs de rocaille.

D’un enfant submergé par le chagrin, n’ayant
en poche aucun mot, ni regard ou épaule, pas
même la trace d’un refuge, sinon sa douleur
clouée au temps, flèche sans pointe ni cible.

De ces repas sans fin, où un silence épais
enduit les murs, remplit les cuillères au ras,
gorges, poumons, corps, la chair étouffée,
dehors tinte un vélo, flotte une robe légère.

De ces plaies que rien ne peut panser, elles
atteignent l’être, ou le monde, ou la peau,
ou les forêts d’où jamais le feu n’est absent,
sous un soleil d’amour, séduisant et joyeux.

De ces poissons qui attrapent à pleine dent
l’appât, soudain tirés par la mâchoire mutilée,
arrachée, qui dansent devant la mort en un
vain rituel, la mort n’a que faire de la grâce.

Des paroles jetées dans le feu d’une passion,
douceur des chants où se blottit la vie, en un
éclair réduits en cendres, balayés par le vent,
et dont les lambeaux volètent dans la nuit.

De la solitude d’un voilier en plein océan,
tempête, houle ou calme plat, qu’importe,
ballotté au gré des caprices de l’histoire,
guidé seulement par la boussole des rêves.

D’un marin attaché à la barre, crâne inondé,
qui se bat contre son envie de sauter à l’eau,
n’ayant pour tout viatique qu’un visage perdu,
dont les embruns lui rappellent la fraîcheur.

04 05 16. Épiphanies 85

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