Le secret du silence

Une coccinelle dans l’évier, y a passé la nuit.
Canyon des assiettes empilées. Verres à pied
monumentaux, à moitié remplis. Elle est là.
Devant une eau trouble où nagent souvenirs,

musiques noyées. Des projets fous, des rêves
embrouillés. Le jour est si éloigné, incertain.
Va-t-il enfin naître. Derrière le double vitrage,
traces vérolées de la dernières pluie, oubliée.

Ficus et plante grasse, immobilité parfaite.
À l’œil nu. Oh non, tout échappe à l’œil nu.
Je m’approche en vain, scrute, ne vois rien,
comme si j’avais été propulsé dans l’espace.

La ville est un entrelacs de toits et de miettes.
Les arbres abritent des chants au sens crypté.
Mon esprit est une grande salle vide. Il n’y a
personne, pas même une porte. Il faudrait que

je cherche, le corps fourbu. Un invisible merle
s’évertue à annoncer ne sais quelle catastrophe,
ou miracle. Je me déplace dans l’air du matin,
poussière de drap pendu à la fenêtre. Pourtant

je suis bien entré par une porte. La lumière est
blanche, clinique. Aucun néon, ni lit chromé.
Suis-je malade. Mais des pas résonnent, plutôt
frottent le carrelage. Le merle, muet, envolé.

La catastrophe, ou la miracle, n’aura pas lieu.
Eschyle est désœuvré, chœur éparpillé, théâtre
vide. Sur scène, ici ou là, on s’affaire pour rien.
Ou est-ce fini, je ne sais rien. Ce qui arrive est

si ténu, abrupt. Oh, je me souviens. Je te parle,
me tais. J’essaie de percer le secret du silence.
Mais les paroles ricochent sur les murs, giclent
en un vacarme assourdissant, pâte ou bouillie.

Je prends la coccinelle. Secourir la coccinelle.
La vie tient à si peu. Elle ne m’a rien demandé.
C’est ça, la vie. On ne demande pas, on donne.
Arrive ce qui peut, accueillir. Elle, au sommet

de la cuillère en bois. Soudain, elle écarte ses
élytres. Une porte. Elle sort ses ailes, pourquoi
hésite-t-elle. Que veut-elle dire, que je n’ai pas
compris. Je rejoins les arbres, le vent s’est tu.

Je ne sais plus que faire. J’espère me poser sur
une feuille. Dans la cuisine, une voix fredonne.
Cela devrait suffire pour atteindre le figuier. Là,
je verrai. Le merle est revenu, tu sais. Joyeux.

29 04 16. Épiphanies 80

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