Il n’est plus temps

Il n’est plus temps de courir après les oiseaux.
Comprendre. Renoncer. Tu ne peux plus rien.
Les arbres sont nus, transparents. La rue, un
torrent frangé de douceur mêlée aux cailloux.

Les fenêtres se ferment à l’approche du jour.
Ne vois-tu pas, l’air est exténué. Arrête-toi.
Les briques flambent de joie et de terreur.
Le soleil perce les murs, éclabousse les toits.

Il n’a que faire de tes vaines attentes, enfant,
des espoirs bricolés dans l’urgence du vertige.
Tu peux crier, tu peux parler, te taire, et puis.
Les braises consument les fleurs des balcons.

Regarde-les. Géraniums, hibiscus et azalées,
petits orangers boules, oliviers nains en pots.
À quoi sert de ronger les murs, de t’accrocher
à de riens inventés de toute pièce, histoire de.

Vois. Sur le trottoir, des silhouettes penchées
luttent contre un vent salé, désert de l’océan,
chevelure d’une comète marine. Des fils d’or.
Le fleuve est tapi sous les ponts, docile, fort.

L’eau racle le fond, épaisse, tourmentée, et
s’accroche aux vieux vélos, meubles cassés,
roues ensablées, balancés depuis les ponts,
bouteilles d’encre vidées, rites immémoriaux,

pour lutter contre la peur, la maladie, la mort.
Et toi, que jettes-tu par-dessus bord.Tes rires,
tes joies. Tu gardes au creux du ventre le legs
des chagrins de l’enfance. Ne jette plus rien.

Il n’est plus temps de frôler les précipices, ni
de laisser la colère rogner le littoral déchiré,
d’attendre que la houle mette à bas la falaise.
L’enfant renaît de tout, il court en plein ciel.

Ni falaise, ni houle, stop. Il faut sortir, aimer,
mettre au feu ces relents de nuits arrachées
au temps, à la vie si fraîche, si naïve, offerte.
Va, avec dans les poches les regards échangés,

si tu veux, les lèvres offertes, les cheveux étalés
sur le drap. Laisse le reste, le parfum des émois,
les paroles chuchotées, tout ce qui, surgi de rien,
te vide de ton sang. Ne rien jeter, mais tais-toi.

Je descends l’escalier, me retrouve au pied des
cyprès. Fraîcheur de l’ombre. Paysage de terre
ocre jaune. Oui, tu vois. Les chèvres se serrent
autour des troncs. J’aime tant les îles, tu sais.

24 04 16. Épiphanies 76

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